À l’occasion de votre salon de l’agriculture 2026, la patronne avait tout prévu pour moi : une collerette en dentelle, des boucles d’oreilles dorées, un brossage soigné de mon pelage, un cirage méticuleux de mes sabots.
Paris ! Mon premier voyage à la capitale. L’espoir de quitter quelques jours cette ferme lugubre d’une région toute plate où je passe de longues heures à l’étable. L’espoir d’être félicitée, admirée, décorée.
J’aimerais vivre dehors, tout le temps ou presque, dans un paysage en relief avec collines, lumière, herbes fleuries. J’aimerais comme lieu de vie cette nature dont me meugle en boucle Marguerite, ma voisine de stalle. Cette nature d’où elle a été arrachée avant d’être parachutée à mes côtés.
Revenons à nos moutons.
Alors que j’imaginais mon installation dans le camion pour le grand départ, la patronne a surgi dans l’étable, blême.
“Cette année les bovins sont interdits au salon de l’agriculture ! Fauvette, ma beauté, moi qui avais misé sur ton succès !”
Elle a ruminé un moment puis elle est partie.
Oh la vache, vous vous moquez de nous Messieurs du Salon ! C’est quoi le problème ?
De grosses larmes j’ai versées : Marguerite m’a consolée. Puis notre rage partagée : partir, fuir les humains.
Le plan échafaudé pour nous échapper a vachement bien fonctionné. Maintenant, Marguerite et moi voyageons dans le vert d’une campagne accueillante. Le chant amical des oiseaux, bipèdes attentionnés, nous accompagne, nous guide loin de vous, autres bipèdes.
Merci, Messieurs du Salon, d’avoir déclenché notre liberté.
Avec nos meuglements épanouis,
Fauvette et Marguerite
2026.03.12. jeu.
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vous vous nous nous