Des Bouts Gisent Sur Le Gâteau [II] par Pascale

 
Une année déjà
Vingt-quatre neuf quatre-vingt-onze
Ta première bougie

2026.04.16. jeu.

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Des Bouts Gisent Sur Le Gâteau [I] par Pascale

 
Vingt-deux février
 

« Aujourd’hui c’est la Sainte Isabelle ! C’est le calendrier qui le dit ! » hurle la petite fille dans les oreilles de sa poupée.

« Comme Isabelle est le joli prénom que je t’ai donné, aujourd’hui on fêtera ta fête. Et comme personne ne connaît ta date de naissance, on fêtera aussi ton anniversaire. Prête ? »

Aucunement contrariée par cette décision, Isabelle sourit.

La petite fille s’active. Elle confectionne un splendide gâteau tout rond en pâte à modeler : croûte, beige, cerises rouges bien rangées.

Puis, délicatement, elle ajoute deux bougies.

« Une rose pour ta fête, une bleue pour ton anniversaire ! »

Le sourire d’Isabelle, égal à lui-même, a suivi toute la préparation.

« Regarde bien Isabelle ! Je frotte une allumette, j’allume la bougie rose, j’allume la bougie bleue. Et comme tu es encore petite, je souffle pour toi. Bonne fête et joyeux anniversaire, poupée chérie ! »

Le sourire d’Isabelle est toujours là. Un peu de cire a coulé sur le gâteau.

La petite fille embrasse très fort sa poupée puis range gâteau et bougies dans sa boîte à secrets.

Les 22 février avec gâteau en pâte à modeler surmonté de deux bougies se sont succédé puis se sont arrêtés.

Isabelle, elle, ne change pas, mais la petite fille grandit, vieillit. Le monde de la pâte à modeler et des poupées s’éloigne. Mais le 22 février, l’ancienne petite fille n’oublie jamais de murmurer, sans gâteau, sans bougies : « Bonne fête et joyeux anniversaire, Isabelle. »

2026.04.16. jeu.

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Petite Annonce Pas Très Moniale par Monique


 
Chère madame,
 

Votre annonce parue dans la revue "Le chasseur français" de juillet 1924 a retenue toute mon attention. Je puis sans me vanter affirmer que je corresponds tout à fait à la personne que vous recherchez.

 

Agé de 53 ans, grand 1,85 m, mince, élégant, cultivé, veuf depuis deux ans déjà, je possède un cabinet dentaire où j'exerce mon art avec talent. Virtuose de la fraise, as du plombage, arracheur de dents à la main de velours, je suis installé dans l'un des plus beaux quartiers de la capitale. Mes pivots, bridges et prothèses, véritables chefs d'œuvres de la dentisterie, font la joie et le bonheur d'une clientèle huppée. Ma renommée s'étend même outre Atlantique et jusqu'à Hollywood. Bien sûr le secret professionnel m'interdit de révéler le nom de mes clients les plus célèbres. Mais je peux vous assurer que parmi les plus belles dentitions qui apparaissent sur les écrans de cinéma bien peu sont naturelles et beaucoup sont passées entre mes mains expertes.

 

Mais je dois avouer que malgré mon succès et ma fortune la solitude me pèse depuis mon veuvage. Je suis donc à la recherche d'une personne distinguée qui pourrait m'apporter la tendresse et le réconfort dont j'ai besoin. Je vous joins une photographie et j'espère avoir le plaisir de vous rencontrer pour faire plus ample connaissance.

 

Dans l'attente de votre réponse, je vous prie de bien vouloir agréer, chère madame, l'expression de mes sentiments les plus respectueux.

2026.05.21. jeu.

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Ce Siècle Avait... par Monique

 

Ce siècle avait 61 ans.
 

Youri Gagarine devenait le premier homme à aller dans l'espace. Kennedy était élu 35ème président des États-Unis et l'Allemagne de l'est commençait la construction du mur de Berlin. En France, Charles de Gaule était à la tête du gouvernement. À la radio, la compétition était rude entre Dick Rivers avec son groupe les Chats Sauvages et Eddy Mitchell avec ses Chaussettes Noires. Et Dalida nous faisait découvrir son itsi bitsi petit bikini pendant que Gilbert Bécaud se demandait "Et maintenant que vais- je faire". Au cinéma Ben Hur remportait la course de char et West Side Story l'Oscar. Lino Ventura prenait Un Taxi pour Tobrouk et Les 101 dalmatiens tentaient d'échapper à la terrible Cruella.

 

Et c'est au cours de cette année-là, qu'à la maternité de Nantua naissait une toute petite fille, absolument merveilleuse, Moi, la seule, l'unique. Je ne me doutais pas, à l'époque que j'allais contempler tout au long de ma vie d'extraordinaires mutations dans la société.

Mes premières années furent surtout marquées par les changements visibles dans le monde qui m'entourait l'apparition de la mini-jupe, par exemple, une révolution, les mémés criaient au scandale alors que les pépés étaient plutôt muets sur le sujet, allez donc savoir pourquoi. Les vêtements s'ornaient de motifs géométriques, de nouvelles matières faisaient leur apparition : nylon, rayon, etc. De jeunes créateurs nous faisaient découvrir des robes futuristes en métal ou en rhodoïd. Le plastique s'immisçait partout, que ce soit dans les bijoux, les accessoires et même dans les objets usuels de la cuisine à la salle de bain jusqu'aux meubles. À la télé je me régalais de western et de péplum. Et j'écoutais Johnny, Cloclo, Sheila, Sylvie Vartan. Un vent de liberté soufflait alors sur le pays. L'avenir semblait radieux, on avait foi en l'avenir.

 

Je poursuivais tranquillement ma scolarité, insouciante, j'avais une douzaine d'année, lorsque nous arriva, des USA, le mouvement hippie avec son slogan Peace and Love qui prônait la vie en communauté et un retour aux matières naturelles. C'était l'époque des robes longues chamarrées, des tuniques brodées, des jeans pattes d'éléphant. Je découvris alors de nouveaux artistes : David Bowie, Pink Floyd, Led Zepplin, The Doors, Simond and Garfunkel et des films comme Le Cercle rouge, Vol au-dessus d'un nid de coucou, Alien, Les dents de la mer.

Puis vint le temps du lycée. C'est alors que nous prit La Fièvre du samedi soir et le phénomène disco avec les Bee Gees, Village People, Cerrone, Abba, etc. Il y en a tellement. C'est à peu près à cette époque aussi qu'émergea le mouvement Punk dans un contexte de crise économique et de chômage croissant. Les Sex Pistols nous scandaient "No Future" qui devint le slogan d'une jeunesse désenchantée. Enfermée dans ma bulle, je ne me sentais pas trop concernée par tous ces problèmes, j'ai cependant adoré à cette époque la géniale interprétation de My way par Sid Vicious.

Quelques années plus tard, j'avais alors une vingtaine d'année, je fus littéralement conquise par le hard rock avec Scorpion, Iron Maiden, ACDC, Warning. La stéréo crachait ses décibels à fond pour la plus grande joie des voisins. Sur grand écran j'allais voir SOS fantômes, Retour vers le futur, L’Histoire sans fin.

Lorsque j'atteignis enfin la trentaine le paysage musical changea, je m’adaptais aux sonorités nouvelles sans pour autant renier mes anciennes amours. Ce fut alors l'apparition des boys band, l'émergence du grunge, du hip-hop et de la musique rave, j'écoutais les Spice Girls, Nirvana, Bashung, Manau. Je partais à l'aventure avec Jumanji, Jurassic Park, La Famille Adams, Les Évadés. C'était l'époque de la folie des jeux vidéo sur Game boy, des Pokémons. Internet en était à ses premiers balbutiements, l'ordinateur se démocratisait et les premiers portables faisaient leur apparition. La technologie envahissait le quotidien, promesse d'un bouleversement radical de notre façon de vivre.

   Et nous voilà déjà arrivé aux portes de l'an 2000 et à la fin de ce XXe siècle ce qui arrivera par la suite est une autre histoire que je vous conterais, peut-être, un autre jour.

2026.05.21. jeu.

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