Grande Réception Au Palais… par Pascale

 
Grande Réception Au Palais

 

Trois fois par semaine, elle s’installe à la petite table, toujours la même, préparée juste pour elle. Elle est heureuse de retrouver le jeune couple accueillant de ce lieu qu’elle aime tant : une serveuse souriante et un cuisinier transmetteur de délicieuses saveurs.

Elle ne consulte jamais le tableau noir du restaurant et commande le menu du jour. Elle évite ainsi un peu de fatigue à ses yeux que le temps a usés. De plus, elle adore les surprises et inventer un nom pour chacun des plats gentiment déposés devant elle. Dès l’entrée, son palais tout aussi vieux que ses yeux retrouve sa jeunesse. Aujourd’hui...

Œuf maquillé et tomate discrète sur lit de salade

Le délicat acidulé de la tomate cerise sagement partagée et ce petit pépin qui stationne sur la langue. La texture idéale de l’œuf, la légèreté de la mayonnaise, la touche de persil, trio magique qui la transporte dans la ferme du Bugey de son enfance. Puis...

Aiguillettes de poulet allongées sous leur couverture orange et couronne de frites

Son palais se trémousse : il a reconnu la saveur du poivron, harmonie parfaite avec la tendresse de la chair bressane. Elle évoquera sa perspicacité gustative à Monsieur le Chef quand il viendra la saluer. Des frites dorées à point, au cœur fondant accompagnent sa découverte. Et le dessert...

Sorbet à la poire pelotonné et pirogue en meringue agrémentés d’un nuage de Chantilly

Elle contemple l’élégance du vacherin puis savoure la poire en glace et sa fraîcheur, la crème et sa douceur, la meringue et son croustillant, au rythme de la cuillère qui attrape, de-ci, de-là. Un petit morceau de la pirogue reste sur le bord de l’assiette. Une main flétrie la saisit. Croquer, émietter le blanc sucré : final parfait entre la langue et le palais.

Elle ne demande pas de café. Elle craint que cette boisson qu’elle adore dissipe la suavité que ses papilles ont éparpillée en elle. Elle ne part pas, observe la dernière tablée : cinq amis heureux de se retrouver. Deux dames ont choisi le menu du jour. L’une d’elle photographie chaque assiette avant d’aborder sa dégustation. Soudain, une idée traverse la cliente solitaire : « Si je lui proposais, pour chaque plat photographié, le nom que j’ai imaginé ? Nous sommes complémentaires toutes les deux. Elle reviendrait au restaurant, on partagerait cette charmante petite table... »

Et depuis ce jour, deux regards complices enclenchent de grands bals au palais.

2026.10.08. jeu.

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Un Verre De Vie De Fruit… par Pascale

 

— Qu’est-ce que je fais là, en deux parties, sans mon noyau ?

— Pareil pour nous, Abricot. On nous a dénoyautées, en douceur certes, mais dénoyautées quand même. Du coup, on a versé quelques larmes. Des larmes sucrées, certes, mais de vraies larmes.

— Stop, les Reines-Claudes ! Arrêtez de vous plaindre. Moi, on m’a d’abord enlevé mon joli manteau orange brillant, puis on m’a complètement démembrée. Toutes mes jolies cuisses sont là, éparpillées dans cette prison en verre.

— Moi de même. Mais comme je suis plus gros que toi j’ai souffert plus longtemps.

— D’accord, Clémentine et Pamplemousse. Mais moi c’est bien pire. Un couteau m’a scalpé : mon charmant bonnet vert, à la poubelle. Ensuite, il m’a dénudé de ma cuirasse et tranché en morceaux. Oui, en morceaux.

— Pauvre Ananas ! Ben nous, on nous a juste délicatement retirés de notre support. On tenait à lui, quand même. Ils appellent ça égrainer. Que va-t-on devenir ?

— Bonne question, les Raisins. À vous tous ici présents, je passe les détails de la défiguration de ma silhouette élégante. Pour faire court : épluchage et découpage en rondelles. Bon, ils nous ont assez bananés comme ça ces humains. Finalement, je porte bien mon nom. Une seule solution : reconstruisons-nous et révoltons-nous Camarades !

 

Salade de fruits, jolie, jolie, jolie

Un jour ou l’autre il faudra bien...

Dix-sept minutes plus tard le saladier est vide.

 

Salade de fruits, jolie, jolie, jolie

Un jour ou l’autre il faudra bien...

Dix-sept minutes plus tard le saladier est vide.

2026.10.08. jeu.

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