La Vache Et Le Salon par Jean-Marie

 
J'ai appris une bonne nouvelle, notre paysan-patron vient de nous en informer, pas de colonie de vacances ou de visite pédagogique à Paris cette année pour le salon de l'agriculture, à cause ou grâce à un microbe.
 

Je me présente, je m'appelle Belle des Champs, je suis une vache laitière du Jura parmi beaucoup d'amies. Comme l'indique mon nom, ma vie est dans les champs, au bon air. L'année dernière j'ai compris la souffrance humaine des villes, empilées comme dans des boites de sardines dans un camion, bon, les humains ont plus de confort, on appelle ça le métro, mais il y a une similitude, l'entassement, la compression, le ballotement.

 

Chez nous, le décor est fait par la nature et change avec les saisons, à Paris, il est fait par l'homme, sans goût et mal odorant, pire que dans notre étable.

Ils ont essayé de copier notre savoir-faire avec un grand pylône en acier fait par Mr Eiffel, qui sert aux touristes en mal d'altitude, les nôtres servent à fixer les câbles électriques pour nous amener la lumière.

 

J'ai de mauvais souvenirs des années antérieures, on nous regardait comme des extra-terrestres, surpris de voir d'où sort le lait qu'ils boivent le matin, autrement que d'une brique en carton. Il y avait aussi un défilé de beauté, jugées par des humains, est-ce que nous on regarde défiler ces humanoïdes pour leur donner une note ?

 

Donc cette année, pas de stress, et merci à ce microbe.

2026.03.12. jeu.

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Sept Petites Notes De Musique… par Jean-Marie

 
Domination du son de guitare,
Reprise sonore de la cithare
Michel est le compositeur,
Fabrice est le batteur,
Soliste devant le piano,
La musique est un adagio. 
Silence, nous dit le maestro !
 
Si tout se passe comme il se doit,
La musique sera comme chaque fois,
Solennelle, enfin du Mozart.
Fabuleux, mais pas par hasard,
Miracle, diraient les néophytes ;
Résultat d'un manque de pratique.
Dorénavant, ils aiment cette musique.
 
Doigt sur l'instrument de musique,
Rêvant d’être dans un monde magique,
Miracle, mes doigts s'agitent
Fabuleux, je suis dépassé
Solitaire vers la cheminée
La musique est ma destinée.
Si je ne suis pas trop âgé.

2026.03.12. jeu.

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Fable Revisitée, Exercice De Style… par Ghislaine

 
La cigale et la fourmi
(dans un style commenté)

 

Les cigales, ça m’a toujours fait rêver de la Provence avec ses oliviers, ses amandiers, son ciel d’azur et ses parfums.

Mais cette cigale-là, satané insecte, la voici qui chante et chante et chante…

Je n’en peux plus. Mais bien fait pour elle, l’été ne dure qu’un temps.

Et la voilà qui se plaint et qui gémit, dans le froid, de ne rien avoir à se mettre sous la dent si je puis dire. (Les cigales ont-elles des dents ?) Une vraie mendiante, celle-là, une assistée. Elle ose aller trouver la fourmi sa voisine, si prévoyante, elle, si travailleuse, si courageuse pour aller lui réclamer de la nourriture à elle, la fourmi, qui a fait des réserves pendant tout l’été en pensant aux mauvais jours à venir. Quel toupet !

 

Pourtant, à la réflexion, cette fourmi n’a pas que des qualités. Son principal défaut, c’est le manque d’empathie. Elle est égoïste, pas partageuse. Ce n’est pas elle qui serait bénévole aux Restos du Cœur !

La cigale lui propose pourtant de la dédommager dès que possible, mais la fourmi est inflexible et lui oppose un refus catégorique.

Elle est même moqueuse et dit vertement à la cigale qu’après avoir passé son été à chanter, elle n’a plus qu’à danser !

 

Au départ, on a envie de dire à la cigale « c’est bien fait pour toi, débrouille-toi et assume ton inconséquence ». Mais à la réflexion, cette fourmi qui n’est pas prête à tendre la main toujours si je puis dire (les cigales ont-elles des mains ?) est plutôt antipathique.

Alors que finalement, cette cigale est épicurienne. Elle a dû lire les philosophes qui prônaient le « Carpe diem ». Elle a choisi de vivre pleinement chaque jour.

Au moins, elle a profité de son été pour s’éclater alors que la fourmi a gâché les belles et longues journées d’été de ciel bleu et de soleil en amassant mouches et vermisseaux et en se privant de musique et de fêtes.

 

Et vous ? Qu’êtes-vous ? Cigale ou fourmi ?

2026.03.12. jeu.

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La Vache Et Le Salon par Ghislaine


Ah la vache !
 

Cette satanée épidémie que les humains ont appelée dermatose nodulaire était différente de la précédente, celle que l’on appelait la maladie de la vache folle.

La vache folle, c’était presque plus drôle car on avait toutes un grain de… folie que l’on partageait, que l’on s’échangeait. Je crois même que parfois, on faisait des folies !

Mais cette fois-ci, double peine : nos maîtres les agriculteurs qui, quoi qu’on en dise, s’attachent quand même à nous, devaient nous abattre. Comme s’ils n’avaient pas déjà leur lot de misères : aléas de la météo, grêle, inondations, travail pour nous nourrir, sans week-ends, sans revenus leur permettant de vivre décemment.

Et pour couronner le tout, on leur annonça qu’ils ne pouvaient plus aller à Paris, au Salon de l’Agriculture, vitrine de la France de nos campagnes, pour présenter leurs animaux, épidémie oblige.

Moi, Bérénice, je vous avoue que j’en ai eu gros. Ce salon, c’est le seul moment où nous nous sentons comme des stars. Là, pas de voyage à la capitale, pas de brossage sans fin pour lustrer mon pelage, pas de rencontre avec mes consœurs, pas de tendres œillades avec les séduisants taureaux. Pas les regards émerveillés des enfants devant la traite, eux qui croient que le lait vient d’une briquette achetée au supermarché.

 

Et puis j’ai réfléchi. Eh oui, une vache, ça pense, ça ne fait pas que regarder passer les trains ou ruminer.

Imaginons. Si j’avais pu y aller à ce salon, j’aurais été trimballée, secouée dans une bétaillère, pendant des kilomètres et des kilomètres. J’aurais dû subir la caresse (pas sincère) du Président de la République et subir les interviews des hommes politiques en campagne, mais eux en campagne électorale. Eh oui, je les connais les beaux discours et les promesses. Tout ce bruit, la musique… J’aurais assisté à des bagarres entre les personnes ayant abusé de la boisson.

 

Finalement, bien au chaud, au calme dans mon étable, sur un lit de paille fraîche avec une nourriture de bon foin aux parfums de soleil et de prairies, avec mes compagnes, je me suis consolée bien vite.

De toute façon, le Lido, le Moulin Rouge, les Champs Élysées, les monuments, les expositions, ce n’était pas pour nous.

Je me serais très vite languie de ma belle campagne.

2026.03.12. jeu.

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Sept Petites Notes De Musique… par Agnès


Bluette en titres de chansons
 

Donne-moi la main, donne-moi l’amour
Reste encore avec moi
Mi Amor, mi Amor
Fallait pas que tu t’en ailles
Solitude blues
L’amour s’en va, l’amour revient
Si j’avais su t’aimer
 
Dommage, dommage
Requiem pour trois mariages.
Midi près de la fontaine
Face au mur au petit jour
Soleil fais-moi ma fête
L’amour a chanté dans mon cœur
Si c’était à recommencer ?
 
Donne-moi une chance
Reste avec moi cette nuit
Mi corazon
Fatigué d’attendre
Soleil cherche futur
L’amour avec un grand A
Si jamais ?

2026.03.12. jeu.

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Fable Revisitée, Exercice De Style… par Agnès


La cigale et la fourmi en mode « inquiet »
 
 
Dame cigale s’étant languie
De seize heures à minuit
Se trouva fort stressée
Quand cinq heures fut sonné.
Pas une seule nouvelle
Aucun message, aucun appel
De Cigaline, sa benjamine
Partie nocer dans les collines.
 
Elle alla chercher soutien
Chez la fourmi, pas très loin
La priant de soulager
Son angoisse et son anxiété :
« Ma fille est seule dans le Bayou
Elle a dû rencontrer le loup
Un séducteur, un charlatan
Un casse-coeur, un Don Juan
Qui peut lui prendre, malgré son âge
Son pucelage ».
 
La fourmi n’est pas charitable
C’est en cela bien regrettable :
« Que faisiez-vous il y a 15 ans dans les collines »
Dit-elle à cette gourgandine
« Je musardais, courrais le guilledou »
Vous musardiez, voyez-vous !
Eh bien ! payez le contrecoup. »

2026.03.12. jeu.

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La Vache Et Le Salon par Agnès

 
Délocalisation

« …Conséquemment à la décision du Comité de sélection des races bovines, je vous informe que votre vache Université, charolaise de 6 ans, a été nommée « Égérie du salon de l’agriculture 2026 ». Joint à ce courrier sa couverture de Miss à porter pour l’inauguration... »

 

Jeannot a 8 mois pour préparer la belle.

Il a pour elle les yeux de Chimène. Il redécouvre, s’il en était besoin, sa tête courte, son large museau, ses belles cornes arrondies revenant en croissant vers ses yeux, ses cuisses épaisses, son dos large et musclé et surtout ses flancs offerts comme des étendards immaculés. 

C’est pour elle et les 60 autres qu’il se crève le squelette à longueur d’heures, de jour et de nuit et qu’il se mange le cerveau à compter les litres, vérifier les quotas et remplir la paperasse.

Son quotidien c’est le râle des bêtes, leur souffle quand elles se pressent, s’agglutinent, se bousculent sur la dalle souillée, ce sont les barrières métalliques qui vibrent quand les stalles s’ouvrent et se ferment sur les flancs crottés, c’est le clappement rythmé des trayeuses électriques et le ronronnement de la citerne.

 

« …Conséquemment à la décision du Comité de sélection des races bovines de ne pas participer au Salon de l’Agriculture 2026, nous vous informons que le Président a décidé… »

Jeannot a 8 heures pour se faire à l’idée.

Une vingtaine de reporters des médias nationaux et tout autant d’irréductibles de la grogne agricole ont envahi la cour de la ferme. Chacun avec son lot de questions gênantes où de revendications musclées. Sanglé dans sa salopette double zip, Jeannot, sérieux, résigné ce qu’il faut et pas bavard, à l’écoute de la voix des bêtes et des machines, se tient à l’étable.

Le Président, lesté de ses gardes du corps, du maire, du député de région, de trois représentants syndicaux, et de deux caméramans triés sur le volet fait irruption dans la stabulation. Les portes se ferment. La visite se fera à huis clos. Les bovins ne parlent pas, tout est sous contrôle.

Avant que le Président ne s’en aille, il ne sera pas dit qu’il n’a pas flatté le cul de la vache.

Université lui présente son meilleur flanc, immaculé, sur lequel le Président, tout sourire, pose sa main.  Jeannot retire la bovine écharpe, sur l’autre flanc offert aux caméras et à la populace, on lit, joliment calligraphié par la main de Jeannot :

« Les manches des ministères c’est comme des fourches sans manches : inutiles »

2026.03.12. jeu.

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