La Vénus a mis
l’eau, la Minus à vélo… Un peu de respect, voyons : la Vénus de Milo.
Statue de
marbre, immobile, altière, tête légèrement inclinée, rêveuse, à demi vêtue ou à
demi dévêtue. Sur son piédestal, elle nous regarde passer. Son regard doux se
pose sur nous, indifférents, simples touristes de tous pays ou au contraire
amateurs d’art éclairés.
Son visage est
empreint de beauté, on la verrait presque sourire. Elle apprécie quand nous
nous arrêtons devant elle, longuement, car beaucoup de touristes n’ont parfois
qu’une idée en tête, aller au plus vite dans la salle où se trouve la Joconde.
La Joconde,
dans une petite salle, ce tout petit tableau mitraillé par les portables,
regardé à travers les écrans de ces mêmes portables par des touristes entassés,
sur la pointe des pieds pour essayer de l’apercevoir.
Vénus, elle,
dans la grande et magnifique salle de l’aile Lully, majestueuse statue de
marbre, amputée de ses deux bras, sculptée et caressée par les mains d’un
sculpteur anonyme, ses hanches et ses jambes drapées d’un tissu de pierre où
chaque pli a été minutieusement dessiné. Sa chevelure tressée encadrant son
beau visage.
Elle n’a pas
mis l’eau. Peut-être a-t-elle pris l’eau ?
Sort-elle de
son bain, d’une rivière fraîche où elle s’est longuement baignée ?
Difficile de
s’arracher à la contemplation d’une si belle œuvre.
Arrêt, rêverie,
questions, suppositions… comment a-t-elle pu perdre ses bras ?
Plus de bras…
A-t-elle appris une nouvelle si extraordinaire que ses bras lui en sont tombés
?
Peut-être
a-t-elle assisté, dans la nuit, à la fuite des malfaiteurs qui ont dérobé
bijoux et couronne ? Le fameux casse audacieux du musée du Louvre.
Elle a regardé
ce sacrilège, le vol d’œuvres d’art, impuissante, coupable de ne pas pouvoir
intervenir, clouée sur son socle.
Et en même
temps, se sentait-elle rassurée, lourde, forte, ancrée à son support ?
Un si long
voyage à travers les siècles, de son île grecque à Paris. Déjà un si long passé
derrière elle, a-t-elle un sentiment d’immortalité ?