Petite Annonce Pas Très Moniale par Pascale


Madame,

 

La forme interrogative de votre annonce m’a interpellé.

En tant qu’agent SNCF de 50 ans, dynamique, généreux, plutôt beau gosse je peux répondre à votre attente.

Par contre, travaillant beaucoup, principalement la nuit, je ne suis actuellement pas disponible pour me lancer dans le mariage. Point positif, il ne me reste que 5 ans à tirer sur les rails avant la retraite. Retraite, synonyme de disponibilité, de liberté !

Donc, s’il est possible pour vous que votre rêve de bonheur dans le mariage se réalise dans un futur pas trop proche, je suis partant. Patience et longueur de temps comme on dit... Qu’en pensez-vous ?

Ce serait 47 ans pour vous et 55 ans pour moi. Une garantie : notre écart d’âge, lui, ne vieillira pas.

 

Décembre 1954

2026.05.21. jeu.

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Ce Siècle Avait... par Pascale


 
Ce siècle avait 61 ans

 

Youri Gagarine dans l’espace se promenait
Surnom que mon cousin gentiment me donnait 
La guerre d’Algérie encore continuait
Au cours de cette année un mur fut construit 
Parfois je te le dis, mon amour mon conscrit 
Moi je suis née avant toi tu es né après

 

Cette année-là...

Je suis née.

Mon premier nid...

Une maison calme et son jardin, 28 rue de la Ruche, près de la voie ferrée et du passage à niveau Sans Souci avec garde-barrière et maisonnette : deux jolis noms pour le début d’une vie.

Mes parents, le chat Pompon.

Les jours filent, les trains aussi. Grandir, marcher, courir, parler.

Mes oreilles attrapent la radio...

Et j’entends siffler le train...

Tiens ! moi aussi, depuis que j’ai quitté la maternité. C’est à dire depuis toujours ou presque.

Que c’est triste un train qui siffle dans le noir...

Mes trains à moi ne sont pas tristes. Ils chantent le matin, l’après-midi. Le soir je ne sais pas, je dors.

Si j’avais un marteau Je cognerais le jour Je cognerais la nuit Je bâtirais une ferme...

Quelle idée ! Ici il y a déjà une maison, calme et tranquille.

Et j’y mettrais mon père, ma mère, mes frères et mes sœurs...

Mes parents étaient dans la maison bien avant moi et des frères et sœurs je n’en ai pas.

 

1967...

Je change de nid...

Un appartement au troisième étage d’un immeuble grouillant d’enfants. Plus de voie ferrée, plus de trains, mais, en bas, la piste au goudron rouge, le bac à sable et les prés de l’autre côté de la rue. Ces espaces à nous, les enfants : jeux, découvertes, amitiés, disputes, réconciliations. Initiations aussi : “Le Père Noël n’existe pas, c’est...”

Nid idéal d’une petite fille sans frère et sœur.

Jeudi après-midi... Alerte au balcon d’une maman : “C’est l’heure de Zorro !”

Chacun d’entre nous remonte, s’installe devant une télé : la sienne, celle d’un copain.

La place Rouge était vide... Tiens une autre chanson. La nôtre de place Rouge ne reste pas vide longtemps. Trente minutes plus tard, chacun de nous l’a rejointe. L’activité reprend.

L’enfance suit ses rails...

 

2026...

On n’entend plus siffler le train rue de la Ruche

Plus de passage à niveau quartier Sans Souci

Et toi garde-barrière, où es-tu parti ?

Flot de nostalgie en moi : le poids d’une bûche

Seule la maisonnette est encore debout, pimpante

Pièce de patrimoine urbain sans rails sans attentes.

2026.05.21. jeu.

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Ce Siècle Avait... par Christine ALL.

 
13 mai 1958 : Marrakech : gare de départ en fanfare puisque jour du putsch… bien que raté… le putsch of course !

Mon grand frère de 2 ans se serait exclamé : "Oh dada, gagga !", ce qu'un quidam aurait traduit à mes parents : "Comme je suis content d'avoir une petite sœur !", je voudrais bien connaître ce crétin de traducteur !

Premier tronçon : Marrakech - Blida : de la lumière, de la lumière, encore de la lumière, le bleu Majorelle, le plein d'odeurs d'épices.

Puis traversée de la grande bleue, arrivée Toulon et, comme dans la vie, les arrêts en gare sont nécessaires pour apprécier le paysage : douze en tout, sillonnant la France au gré des affectations de mon père, pilote dans l'aviation.

Des sensations nouvelles : le froid, la neige, magique, qui sans bruit aucun engloutissait les paysages ; nombreux établissements scolaires dans lesquels je pouvais expérimenter bêtises sur bêtises, vu que je n'étais que de passage…

Et à ce moment, très jeune encore, j'ai compris que le train c'est la vie. C'est un voyage : les paysages, les gens, les envies changent mais le train continue.

Il y eut mai 68, l'émancipation des bonnes sœurs dans les établissements privés : adieu le voile, les cheveux au vent ! comme les gambettes des filles en mini-jupes ; le peace and love et les manifs contre la guerre au Vietnam, les Rolling Stones.

Puis arrêt en gare de Nantua d'où partaient, autrefois, les batteuses Allombert.

C'est là que j'ai posé mes valises. Je découvrais ce qu'était une maison de famille, les amis d'enfance, les souvenirs ressassés, les rideaux aux fenêtres.

Finie la vie nomade et insouciante ; bonjour le cocon sécurisant mais parfois étouffant.

Depuis plus de 45 ans que je suis dans cette gare et pourtant j'ai eu l'impression d'être dans un TGV avec des changements d'aiguillages familiaux : deux fois mère et professionnel.

Aussi même si je suis sur la bonne voie, j'ai compris que si je restais là assise je me ferais écraser. Ainsi, telle la chèvre de Monsieur Seguin, j'ai besoin de m'évader dans la montagne régulièrement.

In fine, si je peux prévoir les retards du train, plus difficile est celui d'envisager son déraillement... et tant mieux, la vie est bien faite.

2026.05.21. jeu.

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Petite Annonce Pas Très Moniale par Michèle

 

Bonjour jolie Martine,

 

Ton annonce a retenu toute mon attention. Tu désires vivre agréablement, c’est aussi mon souhait, bien sûr. En fait mon souhait prioritaire serait de vivre tout court, encore quelque temps.

Je suis bien embêté car je dépasse légèrement la fourchette d’âge indiqué soit entre 29 et 33 ans… Mais qui ne tente rien n’a rien et c’est paraît-il « dans les vieux pots qu’on fait les meilleures soupes ».

Je pense que tu dois être tolérante. Ton message est bien trop court, rencontrons-nous rapidement pour apprendre à nous connaître. Ne pouvant me déplacer, je te propose de venir à ta convenance un jour entre 15h30 et 18h, entre la sieste et le dîner. J’habite dans le grand bâtiment blanc entouré d’un magnifique parc à la sortie de la ville. Je t’écris l’adresse au verso de mon enveloppe réponse. Je te donne aussi mon numéro de téléphone, n’hésite pas à le faire sonner longtemps pour que je puisse répondre. Ah, je me nomme Martin, tu vois Martine, on a déjà un point commun.

À bientôt de te lire ou de te voir

 

Ton dévoué Martin

2026.05.21. jeu.

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Ce Siècle Avait... par Michèle

 

Ce siècle avait cinquante-neuf ans. J’ai attendu la fin de cette année pour commencer mon chemin de vie. Ne croyez pas que j’étais en retard d’un train. J’étais plutôt en avance d’un wagon. Mon siècle aurait dû avoir soixante ans.

Quoi qu’il en soit, comme tous les autres voyageurs de cette année 59, j’ai pris le train de la vie sans bagage et sans réservation préalable.

Je me souviens du deuxième étage d’une « maison bleue adossée à la colline » surplombant une voie ferrée. On y venait à pied, faute de voiture. Le sifflement des trains rythmait mes journées.

Je me souviens d’une maison sombre dans des traboules, de draps rugueux réchauffés par des bouillottes en grès, de « cabanes au fond du jardin » dont la porte en bois était ornée d’un cœur, de grands baquets en zinc en guise de baignoire…

Je me souviens d’appartements au cinquième étage puis au septième dans une grande ville puis en banlieue. Avec vue sur les montagnes alentour où mon imagination s’envolait faute de pouvoir y aller. Beaucoup de déménagements, de changements d’écoles.

Je me souviens des balles et corde à sauter dans le cartable, de l’élastique en boule au fond d’une poche, de l’éternel choco du goûter à la récré, des parties de patins à roulettes après la classe.

Je me souviens des soirées en famille, des parties de petits chevaux, jeux de l’oie, des westerns du dimanche dans lesquels les premières locomotives à vapeur transportaient les voyageurs à la conquête de l’ouest.

Et le train- train quotidien de plus en plus prenant au fil des années : éviter à tout âge les déraillements, les voies de garage. Avancer avec entrain, apprécier les boute-en-train sans pouvoir mener grand train.

Bref, une vie avec des lignes droites, des choix de voies compliqués, des tunnels souvent longs à franchir, avec cette lumière que l’on attend au bout pour en sortir réconfortée.

Et me voilà débarquée dans une jolie gare que je loue le long d’une voie désaffectée. J’y retrouve l’atmosphère des voyages, embrassades, larmes, joie, peine… De ma fenêtre encadrée de briques rouges, je contemple les rails désertés. Bien que, récemment, j’aie aperçu un promeneur muni d’un sac cheminant le long de la voie et ramassant je ne sais quoi vers les traverses… Je me suis dit, il ne se baisse quand même pas pour des clous ?

Je n’ai pas choisi de m’installer dans une gare de terminus : pouvoir encore franchir des viaducs, connaître d’autres paysages…

En attendant, je l’entends encore siffler certains soirs, ce train du passé. Et « que c’est triste un train qui siffle dans le soir ».

2026.05.21. jeu.

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