Ce Siècle Avait... par Emmanuelle


 
Ce siècle avait soixante-deux ans.

Ma gare de départ, magnifique et entretenue avec soin, entourée d’un vaste jardin aux senteurs de tilleul ; il faut dire que le chef de gare, qui fût aussi mon aïeul, était un passionné du bricolage en tout genre. Quant à la cheffe de gare, il paraît que mon arrivée l’a tellement tourneboulée qu’elle en a fait un malaise, sans conséquence heureusement pour elle.

Pourquoi cette gare de départ fut-elle celle-ci plutôt qu’une rose maternité impersonnelle, je n’en sais fichtre rien. Mais ce que je peux vous dire, c’est que cette maison, qui depuis a été sacrifiée à un remembrement citadin est toujours présente en moi. J’en garde son parfum, ses bruits bien spécifiques de craquement de parquet, de porte qui claque… une fascination pour les carreaux de ciment et leurs motifs colorés. La lumière aussi qui filtrait différemment selon les fenêtres. Je crois que je pourrais en parler des heures tellement sa palette sensorielle demeure, et confidence pour confidence, aujourd’hui encore il m’arrive d’y retourner pour le plaisir.

Point de nostalgie, que du bon. De la gratitude d’avoir eu un tel berceau et de savoir le maintenir vivant, bien au-delà de sa matérielle destruction.

2026.05.21. jeu.

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Ce Siècle Avait... par Ghislaine


 
Ce siècle avait…
ou
   Voyage ferroviaire, de Victor Hugo à Salvador Dali

Un gros clou rouillé retrouvé sur une voie ferrée désaffectée et de plus, un clou millésimé…

Sur ce clou, la date de son année de naissance. Pour Victor Hugo « Ce siècle avait deux ans », pour elle ce siècle avait une cinquantaine d’années.

Ce gros clou rouillé, offert et joliment présenté dans une éprouvette personnalisée, fit remonter en elle des bouffées de souvenirs.

 

Cette année-là, sans crier gare, elle ne rata pas le départ et fit son apparition sur terre. Pour sa mère, même pas de salle d’attente, le bébé avait hâte de connaître le monde.

Ses premières années, elle les vécut à la campagne, dans une ferme, au milieu d’arbres, de prés verdoyants, de sentiers ombragés. La liberté, le bon air de la Bresse. Ce fut le premier wagon accroché à la locomotive du train de la vie.

 

Puis vint le deuxième wagon. Quand elle eut trois ans, ce fut pour ses parents, un premier choix d’aiguillage : une sorte d’exode. L’attrait d’une ville artisanale et industrielle offrant de nombreux emplois. Une ville avec ses inconvénients mais une ville gaie, vivante, avec des ouvriers solidaires. Le Lundi de Paie, c’était la fête.

Pour elle ce deuxième wagon fut aussi l’école maternelle, l’école primaire et la période lycée de onze à dix-sept ans, en internat. Un internat sévère où l’on n’avait pas intérêt à dérailler.

Chaque lundi, tôt le matin, le quai de la gare. Mais, dans cette gare-là, elle n’eut pas, hélas, le ressenti de Salvador Dali « J’ai eu à la gare de Perpignan une espèce d’extase cosmogonique ».

Le quai de la gare donc, le coup de sifflet du chef de gare et en route dans le tortillard, un omnibus avec onze arrêts. Quelques cahots sur le ballast.

 

Un compartiment où des places étaient gardées pour les copains et où les autres passagers devaient patiemment supporter leurs jeunes enthousiasmes et leurs excès… surtout sur le magnifique viaduc de Cize-Bolozon. La rivière d’Ain doit se souvenir des petites pièces de monnaie jetées par les fenêtres que l’on pouvait encore ouvrir… rien à voir avec celles des TER ou des TGV !

Le passage redouté du contrôleur, certains d’entre eux prenant le risque de voyager sans billet.

Ce deuxième wagon fut également celui où elle passa de l’enfance à l’adolescence.
Il fut pour elle riche en amitiés, en amours de jeunesse, en travail sérieux mais aussi en révoltes, contestations, manifestations… MAI 68, Joan Baez, Bob Dylan, les festivals. De cette époque insouciante elle ne garde que des souvenirs heureux.
 

Puis il fallut accrocher le troisième wagon, celui de l’âge adulte. À construire avec ses choix : couple ou pas, enfants ou pas, responsabilités, un bon bagage pour une vie professionnelle épanouissante. Train de vie modeste et engagement dans des luttes ou grèves pour maintenir des acquis sociaux ou obtenir des améliorations d’un métier en perpétuel changement.

 

Ensuite la locomotive s’est un peu emballée, les années ont passé vite, de plus en plus vite, telle l’évolution depuis le train à vapeur jusqu’au TGV.

Elle aurait aimé rester au moins à la gare de ses vingt ans et ne pas voir se profiler le terminus

« Hier encore j’avais vingt ans » chantait Charles Aznavour.

C’était hier.

J’allais oublier, ses parents l’ont appelée … Micheline.

2026.05.21. jeu.

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Petite Annonce Pas Très Moniale par Ghislaine


Réponse circonstanciée à votre annonce matrimoniale

 

Je ne pense pas être l’âme sœur que vous recherchez.

· Votre annonce paraît dans la revue « Le Chasseur français », or français ou pas, je déteste les chasseurs.

· Février 1940, c’est votre date de naissance ? Je ne suis pas de première jeunesse mais vous êtes bien trop vieux pour moi.

· 38 environ ? Que veut dire 38 ? C’est votre pointure ? Votre taille de vêtements ?  Je n’ose imaginer autre chose…

· Pour les qualités requises, modestement, je coche toutes les cases : santé, honorable, affectueuse, simple… Sorties et randonnées, pourquoi pas ?

 

MAIS SURTOUT

· Naturiste, c’est rédhibitoire. Si votre physique n’est pas celui d’un Don Juan, allez-vous rhabiller. Il y a déjà tellement d’horreurs sur terre !

· Pour couronner le tout, sachez que je suis extrêmement frileuse et que, dès que le thermomètre descend au-dessous de 20°, j’entasse thermolactyl Damart, pulls de laine, écharpes, gants et bonnets chauds, bottes fourrées…

 

En résumé, pas d’affinités. Je m’abstiendrai donc de donner suite à votre annonce.

2026.05.21. jeu.

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Petite Annonce Pas Très Moniale par Jean-Marie

 

 
Bonjour madame Parisienne,
 

Je ne sais pas s'il s’agit de votre nom car vous mettez une majuscule à Parisienne, je présume quand même que c'est votre lieu de résidence.

 
J'ai un deuxième souci, votre tranche d'âge ; vous n'en parlez pas. Vous voulez épouser un homme dans la quarantaine, car 42-50 correspond bien à mon âge, à moins que vous ne parliez de la pointure de ses chaussures car vous ne précisez pas. Restons sérieux, suivant votre année de naissance, je pourrais être votre père, grand-père ou, votre fils. Pousser un fauteuil ou vous attendre à la sortie du lycée, la vie ne sera pas la même.
 
Déjà, je corresponds aux trois premiers critères puisque je suis en capacité de prendre la plume pour vous écrire ; par compte indécis ; oui.
 

Maintenant, à vous de voir si vous voulez vous abstenir en fonction de votre date de naissance, mais si vous êtes dans la vingtaine avec une sœur jumelle, le compte est bon, c'est à réfléchir.

 

À bientôt, peut-être...

2026.05.21. jeu.

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