La Vache Et Le Salon par Thierry

 
Salon de l’agriculture de Paris 2026, zéro bovin en vitrine

 

Je sais plus quelle maladie, qui menace sournoisement notre espèce, fait hurler à la mort Titine, mon rural patron. Mais v'là ben quinze jours qu'il fulmine cramoisi, de la traite du matin à celle du soir. Au point d'avoir la main rugueuse sur mon pis et d'ajuster sans délicatesse le trayon, comme si c'te guigne était d'ma faute. Nul doute que le fromage va finir par s'en ressentir, au propre comme au figuré... tout comme mes stats de production, jusque-là affolantes. Comprenez que je m'sens un peu obligée à la générosité lactée, quand tous les matins je l'entend m'demander, regard de travers : "Alors la Jacqueline, qu'est qu'on fait aujourd'hui ? Du lait ou d'la viande ?" Mais là, c'est ni lait, ni viande qui le font groumer. C'est bernique pour sa foire à neuneu au salon de l'agriculture, qui lui reste de travers. Son expédition à la capitale, avec la casquette neuve et la salopette itou, y'en aura pas c't'année. C'te vertige... assommé, il en oublie la ration de tourteau et d'nous mettre Bach ou Mozart à l'étable.

 

Moi perso, j'vous l'dis franco : son salon de l'agriculture, il peut s'le coller où j'pense. J'en ai rien à foutre et même plus que rien. C'est un bonheur de pas y mettre un sabot. Je préfère mille fois glander au pré, à r'garder passer le chaland. Allongée et détendue en ruminant ray-grass et pâturins fraîchement broutés, plutôt qu'me faire étriller puis peloter les fesses pendant une semaine. Y'en a marre d'ces manies ! Même s'il n'y a plus l'grand Jacquot, qui paluchait tant et plus, vivement un mouvement meuh-too pour que ça change ! Et pourquoi avec nous et pas les cochons, moutons ou biquettes ou je n'sais quelle bestiole ? D'abord ! Bon, bon reste calme Jacqueline, va pas faire tourner ton lait.

 

Faut m'comprendre un chouille aussi. Quelles idées d'vouloir m'faire parader, jouer l'élégante, après m'avoir coupé les cornes ? Ah depuis ce jour, j'peux plus les blairer ces humains droit à tout. Sans mon trophée, ma coquetterie, mon ornement et accessoirement mon bouclier dissuasif, j'suis d'une banalité. J'me r'connais plus dans l'eau de l'abreuvoir, alors qu'avant j'en oubliais de boire. Du trop bref temps d'mes cornes, même Helmuth le taureau, c'gros frimeur, faisait pas tant l'mariole. Il prenait le temps de quelques courbettes et meuhnauderies autour de moi. Alors que là... plus de respect. Et ben c'est bien fait pour lui... ils ne lui ont pas coupé que les cornes.

 

Enfin ! Pas aller au salon, quel soulagement. C'est détente à la campagne au lieu de démence à la ville pour moi. Pas voir tous ces ignares en troupeau, avec leurs mioches braillards... même pas foutu de savoir si j'suis une vache, un taureau, un bison ou une crème de gruyère. Si, si, j'l'ai entendu : "Pourquoi elle rit pas la vache ?" Et rester plantée là toute la journée, avec un collier de fleurs à la place des cornes, pour qu'ils puissent faire leur selfie à la noix, avec leur tronche extasiée.  À manger du foin, ils sont. Crounir d'ennui dans l'boucan, les néons, la ventilation, le sol dur, la cohue, les réflexions crasses, mêlée au vulgum bêlant, grognant, caquetant, gloussant, brayant. Sans compter la route aller et retour, debout dans une cariole puante... obligée d'écarter les pattes pour me stabiliser, qu'ça m'en gâte le sabot. Et pourtant c'te voyage annulé, j'en connais un qu'ça va lui faire un vache de mauvais souvenir... et pendant un moment.

 

Vivement qu'ça relivre du fumier au préfet, qu'ça rebrûle du pneu et grille de la saucisse aux ronds-points. L'Titine, va lui falloir ça... pour dégazer... comme une soupape de cocotte-minute, mais alors en mode locomotive à vapeur... un de ces panaches ! Il décolère pas, il en martèle la litière des arpions faut voir. Le salon, c'est sa sortie de l'année, ces vacances, sa récréation, SA cure. D'habitude, il en guillerette toute l'année, avec les souvenirs. Le premier prix à la limite, hormis son arrosage, il s'en contrefoutrait plutôt trois fois qu'une. C'est côté charcutailles, clacos et tire-bouchon qu'il rêvasse, qu'il salive... à pleine bassine... des coulées aux revers des manches à s'essuyer. Il en est à compter des bouchons ou des saucissons pour s'endormir, Titine ! C'est du meuhmorable, où il ne se rappelle plus de tout, mais qui va lui manquer. J'vous dis pas... un trou béant dans son existence, la pire désolation imaginable, une lacune inexcusable. Faut l'entendre... ses tirades : la tragédie déchirante, l'inconsolable douleur, l'atroce injustice. Le barouf qu'il te mène à l'écurie. Mettez-vous à sa place aussi. Quand il a vu l'titre en une de l'Éclaireur du pâturage : "Salon de l'agriculture : zéro bovin en vitrine", ça lui a fait un coup de friture haute tension, un flash abominable. Il s'est pétrifié, et là, son esprit a beugué, plus rien qu'un clignotement aveuglant : "salon de l'agriculture : zéro bon vin pour Titine". Il en est encore le poil hérissé. 

Le comble ça serait que d'égarement, il vire de "non à l'abattage des bovins malades" à "en bonne santé pour l'étal du boucher".

2026.03.12. jeu.

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Sept Petites Notes De Musique… par Thierry

 
Do, ré, mi, fa, sol, la, si comme on peut

 

Dorez les images recto verso
Répétez des onctions à l'envi à l'apéro
Mignonettes vampées aux glaçons
Fabuleuses gorgées et fieffés frissons
Solitudes éphémères tannées au vent
La tentation sauvage de regards indolents
Simulant des bonheurs au loin perdus

 

Siffler une ritournelle gaiement
Laver et bien rincer chaque instant
Soliloque errant aux souvenirs
Falotes illusions marquées d'un soupir
Mirage fugace qui nous laisse étourdi
Réinventer l'horizon mouvant de l'esprit
Doutons de le voir rimer éperdu

 

Alors clopinant grosso maux do
Guère plus inspiré quand vient ré
Ni canon ou unisson d'un chant à mi
Pas plus que compassion d'un sot fa
Aucun filon magique ne jaillit du sol
Quelle gamme monter en haut de la
Jeter la clé et finir un si

2026.03.12. jeu.

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Fable Revisitée, Exercice De Style… par Thierry

 
 La Cigale et la Fourmi, style commentaire sportif

 

Amateur de combats féroces et perdus d'avance, bonjour !

Ravi de vous retrouver en avant match depuis le ring central du gymnase de la soupe populaire, où vont s'affronter ce soir Poches Percées la cigale et Doigts Crochus la fourmi. Pour le suspense on repassera, car sauf improbable fourmiracle, la cigaletouse restera vide. C'est d'ailleurs un peu dommage, qu'il y est aussi peu d'enjeu, mais il est vrai qu'une cigale affamée excite rarement un fan club hystérique, tout autant qu'une fourmi besogneuse n'attire pas des hordes de supporters déchaînés.

 

C'est donc devant des gradins aussi dégarnis que les placards de la cigale, que se déroulera la confrontation. Vivement que les beaux jours reviennent, et vous voir à nouveau vibrer et hurler dans une ambiance chaude, que dis-je, torride, lors de sprints débridés entre Lièvre et Tortue ou de catchmenberts coulants entre Corbeau et Renard. Sans compter qu'avec cette petite bise qui souffle, même moi je resterais bien au chaud dans mes pantoufles au lieu d'essayer de vous tenir en haleine. Haleine que je devine, comme d'habitude et contrairement à la bise, pas fraîche fraîche.

 

Nous saurons tout de même à l'issue de cet affrontement, s'il valait mieux glander que trimer tout l'été. Au cours de cette soirée, vous assisterez vraiment à l’opposition de deux styles aux antipodes l'un de l'autre. Comme à son habitude la cigale n'a, pour tout entraînement, fait que chanter. Mais alors là intensément. "À tout venant" aime-t-elle préciser. Nous ne sommes pas des balances, mais le bruit court, que par abus de "à tout venant", son voisinage ne serait pas mécontent de la voir obligée de se la sauter tout l'hiver. C'est d'ailleurs les intentions claires et affirmées de notre fourmi, bien agacée elle aussi par ce continuel ramdam improductif, et qui compte lui faire savoir que maintenant elle peut aller danser. Pour parvenir à ses fins, la fourmi n'a pas posé un RTT, pas pris un CP, pas eu d'AT, ni d'AM. Pas relevé la tête, rien ! Vous voyez, tellement c'est une bosseuse, qu'il faut abréger toute perte de temps. De la mouche et du vermisseau, elle en a blindé cave, étage et grenier. Mais avec les oursins qu'elle a au fond des poches, vous ou cigale, n'êtes pas prêt d'en voir la couleur. La cigale a bien tenté une manœuvre désespérée, en proposant quelques menues monnaies et intérêts contre indulgence, mais la fourmi n'a rien voulu entendre. C'est sans musique ni magouille qu'elle veut voir danser la cigale.

 

C'est l'affiche de la soirée. C'est ce que je vous invite à venir voir nombreux et me retrouver, aux commentaires de cet évènement. Je vous rappelle que c'est au gymnase de la soupe populaire, que les portes ouvrent dès la potion avalée et que les paris seront ouverts sur place.

2026.03.12. jeu.

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Fable Revisitée, Exercice De Style… par Jean-Marie

 
La Cigale et la Fourmi – Rapport de police.
 
 
Commissariat de La Fontaine-Ville
Affaire cigale-fourmi N° 06
 
Rapport N° 2026

 

Une patrouille a interpellé Mme Cigale, sans abri, déjà connue de nos services pour vagabondage et nuisances nocturnes en été, empêchant le voisinage de dormir à cause de sa musique jouée trop forte.

 

Non satisfaite de faire la manche, elle est allée importuner Mme Fourmi, la philosophe du quartier, en tapant à sa porte sous prétexte, selon elle, que Mme Fourmi la prenne en pitié et l'invite à manger.

 

Mme Fourmi conteste, et c'est pour cela qu'elle nous a appelée. Devant nous elle lui a dit qu'elle peut gagner de l'argent en allant danser au cabaret de la rue Monplaisir, si elle se sent capable de travailler au lieu de flemmarder ; de plus elle peut allier plaisir et salaire, en ce moment ils recrutent.

 

Mme Cigale n'a pas dit non, mais veut réfléchir, elle nous tiendra au courant de la suite des événements, donc je laisse ce rapport en attente avant de le classer étant entendu que Mme Fourmi ne porte pas plainte.

 
 
Adjudant JIHEMEF

2026.03.12. jeu.

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La Vache Et Le Salon par Jean-Marie

 
J'ai appris une bonne nouvelle, notre paysan-patron vient de nous en informer, pas de colonie de vacances ou de visite pédagogique à Paris cette année pour le salon de l'agriculture, à cause ou grâce à un microbe.
 

Je me présente, je m'appelle Belle des Champs, je suis une vache laitière du Jura parmi beaucoup d'amies. Comme l'indique mon nom, ma vie est dans les champs, au bon air. L'année dernière j'ai compris la souffrance humaine des villes, empilées comme dans des boites de sardines dans un camion, bon, les humains ont plus de confort, on appelle ça le métro, mais il y a une similitude, l'entassement, la compression, le ballotement.

 

Chez nous, le décor est fait par la nature et change avec les saisons, à Paris, il est fait par l'homme, sans goût et mal odorant, pire que dans notre étable.

Ils ont essayé de copier notre savoir-faire avec un grand pylône en acier fait par Mr Eiffel, qui sert aux touristes en mal d'altitude, les nôtres servent à fixer les câbles électriques pour nous amener la lumière.

 

J'ai de mauvais souvenirs des années antérieures, on nous regardait comme des extra-terrestres, surpris de voir d'où sort le lait qu'ils boivent le matin, autrement que d'une brique en carton. Il y avait aussi un défilé de beauté, jugées par des humains, est-ce que nous on regarde défiler ces humanoïdes pour leur donner une note ?

 

Donc cette année, pas de stress, et merci à ce microbe.

2026.03.12. jeu.

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Sept Petites Notes De Musique… par Jean-Marie

 
Domination du son de guitare,
Reprise sonore de la cithare
Michel est le compositeur,
Fabrice est le batteur,
Soliste devant le piano,
La musique est un adagio. 
Silence, nous dit le maestro !
 
Si tout se passe comme il se doit,
La musique sera comme chaque fois,
Solennelle, enfin du Mozart.
Fabuleux, mais pas par hasard,
Miracle, diraient les néophytes ;
Résultat d'un manque de pratique.
Dorénavant, ils aiment cette musique.
 
Doigt sur l'instrument de musique,
Rêvant d’être dans un monde magique,
Miracle, mes doigts s'agitent
Fabuleux, je suis dépassé
Solitaire vers la cheminée
La musique est ma destinée.
Si je ne suis pas trop âgé.

2026.03.12. jeu.

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Fable Revisitée, Exercice De Style… par Ghislaine

 
La cigale et la fourmi
(dans un style commenté)

 

Les cigales, ça m’a toujours fait rêver de la Provence avec ses oliviers, ses amandiers, son ciel d’azur et ses parfums.

Mais cette cigale-là, satané insecte, la voici qui chante et chante et chante…

Je n’en peux plus. Mais bien fait pour elle, l’été ne dure qu’un temps.

Et la voilà qui se plaint et qui gémit, dans le froid, de ne rien avoir à se mettre sous la dent si je puis dire. (Les cigales ont-elles des dents ?) Une vraie mendiante, celle-là, une assistée. Elle ose aller trouver la fourmi sa voisine, si prévoyante, elle, si travailleuse, si courageuse pour aller lui réclamer de la nourriture à elle, la fourmi, qui a fait des réserves pendant tout l’été en pensant aux mauvais jours à venir. Quel toupet !

 

Pourtant, à la réflexion, cette fourmi n’a pas que des qualités. Son principal défaut, c’est le manque d’empathie. Elle est égoïste, pas partageuse. Ce n’est pas elle qui serait bénévole aux Restos du Cœur !

La cigale lui propose pourtant de la dédommager dès que possible, mais la fourmi est inflexible et lui oppose un refus catégorique.

Elle est même moqueuse et dit vertement à la cigale qu’après avoir passé son été à chanter, elle n’a plus qu’à danser !

 

Au départ, on a envie de dire à la cigale « c’est bien fait pour toi, débrouille-toi et assume ton inconséquence ». Mais à la réflexion, cette fourmi qui n’est pas prête à tendre la main toujours si je puis dire (les cigales ont-elles des mains ?) est plutôt antipathique.

Alors que finalement, cette cigale est épicurienne. Elle a dû lire les philosophes qui prônaient le « Carpe diem ». Elle a choisi de vivre pleinement chaque jour.

Au moins, elle a profité de son été pour s’éclater alors que la fourmi a gâché les belles et longues journées d’été de ciel bleu et de soleil en amassant mouches et vermisseaux et en se privant de musique et de fêtes.

 

Et vous ? Qu’êtes-vous ? Cigale ou fourmi ?

2026.03.12. jeu.

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