Meuh que je suis contente (meuglements Wagnériens de joie !)
Je vais pouvoir rester bien au chaud dans l'étable en compagnie de mes copines Cacahuète et Camélia.
Moi, Adrénaline, vache bressane, et pas peu fière, élevée à la bonne herbe grasse de la campagne, me faisais un lait d'encre à l'idée de ce long voyage à me faire ballotter dans un camion, moi qui déteste le bruit des voitures et des klaxons.
Tout cela pour me retrouver à respirer l'air pollué de la capitale dans un brouhaha insupportable.
Ce n'est pas du lait que j'aurais produit, mais du beurre.
Depuis plusieurs semaines, on me brosse, m'étrille, me lave, me savonne, me shampouine, on me dorlote.
Je sens la vanille ! J'ai même des frisettes sur la tête ! ça fait marrer mes copines qui roulent sur le dos, les quatre pattes en l'air, les tétines pointant vers le plafond. Si elles savaient comme elles sont ridicules.
Tous les soirs, on me fait écouter de la musique classique, tu meugles....
Je préférerai du hard rock, faut que ça swingue nom d'un taureau. Je ne m'appelle pas Adrénaline pour rien.
Tout ce vacarme et ces cris omniprésents, tous ces curieux qui se pressent autour de vous, essayant de vous caresser, de vous chatouiller le museau, moi qui déteste ça. Une bonne douche jaunâtre bien chaude pour les disperser. Toutes ces têtes d'abrutis faisant un selfie pour montrer "qu'ils y étaient", qu'ils s'intéressent au monde agricole alors qu'ils n'y connaissent rien. Achetez français qu'ils diront.
Rentrés chez eux, ils se précipiteront dans le supermarché le plus proche pour acheter des fraises venant d’Égypte, des haricots verts provenant du Kenya, des tomates du Maroc...
Nous sommes en hiver je vous le rappelle.
Il parait que chaque année, une personnalité très importante fait l'ouverture du salon, accompagnée d'une poignée de personnes qui sont sous ses ordres.
Un peu de saucisson par-ci, de vin blanc par-là, de pâté par-ci... Une ribambelle d'hypocrites, tout sourire dehors, qui font acte de présence pour faire la une de l'actualité.
Voilà ce que m'a raconté ma copine Camélia, qui, depuis qu'elle a participé à cet évènement l'année dernière, fait des cauchemars chaque nuit.
Ne t'inquiète pas, nous sommes là, nous serons bien ici toutes les trois avec Cacahuète, blotties bien au chaud dans la paille, à papoter, à manger du bon foin provenant du pré voisin.
2026.03.12. jeu.
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