Affichage des articles dont le libellé est Clarisse. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Clarisse. Afficher tous les articles

Vous Dansiez ? par Clarisse


Cours de zumba

La salle est pleine, la coach annonce le début du cours. Plus un bruit, les yeux et les oreilles sont en plein travail, sourires aux lèvres et pieds qui trépignent, l’heure est venue de se déhancher.

 

Cependant, au premier rang, je ne bouge pas. Aussi raide qu’un piquet et aussi souple qu’un roseau, on pourrait presque me confondre avec une statue. « Pourquoi je suis là ? » Cette seule phrase tourne en boucle dans mon pauvre petit esprit brouillé par la honte. La musique démarre, « Mince, j’ai rien écouté… Comme toujours. » Toute la salle se met à bouger mais mes yeux se posent sur la silhouette à mes côtés. Elle connaît les pas, elle vit la musique, elle a attendu ce cours toute la semaine. Malgré ses heures éprouvantes au travail elle déborde d’énergie. Ses pas suivent inconsciemment la musique latine qui sort des enceintes, haut coloré, cheveux attachés avec une simple pince, voilà plus de 20 ans que ma magnifique maman vient s’amuser tous les mardis soir. Et moi me diriez-vous ? C’est ma troisième année où je viens me ridiculiser devant tout le monde.

 

Elle est belle ma maman, elle danse comme une reine ma maman, elle déborde toujours autant d’énergie et malgré la honte, elle me fait sourire.

Les musiques s’enchaînent et je ne bouge pas de mon carré de 2 mètres par 2 mètres, mambo par-ci, levé de bras par-là et enfin la musique se coupe. Tous vont boire. Je lève les yeux vers l’horloge déjà 30 longues minutes que j’ai l’air de rien. Comme à mon habitude, j’attrape ma gourde et je m’éclipse discrètement vers le couloir. « Hé ! tu vas où là ?! »  Maman… « Aux toilettes. » je lui réponds rapidement. Un soupir s’échappe de ses lèvres « T’es chiante ! » Elle repart.


Désolée maman, mais depuis ces années tu sais très bien que j’évite au maximum les cours de zumba.

2025.10.16 jeu.

.

 

La Nuit Était Sourde,... par Clarisse

 
Amour Parisien

La nuit était sourde, les rues menaient au café, le pavé renaissait dans les aubes de zinc.

- Attends-moi ! criais-je à mon amie, qui toute excitée par notre sortie en ville, avançait sans se retourner.

On en avait rêvé, Paris ville de l’amour, du renouveau, on en avait rêvé ensemble.

Elle portait sa robe rouge et ses talons claquaient les pavés, cheveux attachés et visage embellit par le fin maquillage qu’elle avait mis plus d’une heure à faire. A côté, je faisais tache : jean et t-shirt, cheveux en pagailles et mine boudeuse, à vrai dire je ne voulais pas être ici. Les sorties au bar ? Non merci.


Elle poussa la porte du bistrot, les regards se tournèrent automatiquement. Je me sentais oppressée, elle était ravissante, elle en avait rêvé.

On était déjà venues il y a quelques soir de cela, toujours de force, et depuis elle n’arrêtait pas de me parler de ce serveur blond aux tatouages qui racontaient un film. Je sentais déjà leur regard se mêler tandis que je prenais place près de la fenêtre, elle, éblouissante, souriait naïvement au jeune homme qui lui servait comme de par hasard sa boisson préférée. Moi, pathétique, fixant les voitures qui défilaient.

 

L’odeur du whisky me montait vite au nez et les cigarettes du couple derrière moi me faisaient de plus en plus regretter de ne pas avoir feinté une gastro. L’ennui commençait à me remplir, j’essayais de capter l’attention de mon amie, mais, son attention était dans les yeux bleus de son beau chevalier blond.

 

Je soupirai, me levant, tête baissée, trop peut-être, je ne l’avais pas vu.

- Désolé(e) ! Nos voix se mélangeant à l’ambiance générale.

Nos regards se croisèrent, ses yeux bleus me fixèrent, timide, pathétiquement mignon, il était grand, brun, lunettes de travers et rougeurs aux joues, probablement journaliste.

Un sourire prenait enfin place sur mon visage, Paris, la ville de l’amour et du renouveau, j’en avais rêvé.

2025.09.18 jeu.

« La nuit était sourde, les rues menaient au café, le pavé renaissait dans les aubes de zinc… »
[Phrase attrapée dans La Bonne Peinture, nouvelle contenue dans le recueil Le vin de Paris (page 243, Éditions Gallimard coll. folio.]
.