2026.10.08. jeu.
Pour commencer, un petit coup de z'yeux sur ON VA TOUT VOUS EXPLIQUER, juste en dessous d'ici, vous permettra d'avancer serein dans ce bloug bavard.
2026.10.08. jeu.
... plutôt inattendu au palais de justice. Le bal des juges et des avocats en robe a commencé autour de la plus grande affaire de fraude de ce siècle. Toutes les pièces à conviction sont là. Des cannelés soi-disant de Bordeaux, du comté soi-disant du Jura, du vin soi-disant de Champagne… Sauf que c’est l’IA qui a assemblé les textures et les parfums pour inventer des assemblages qui ont la saveur des originaux. Les consommateurs américains et asiatiques s’y sont laissés prendre. Le ministère du commerce est aux quatre cents coups.
Les fraudeurs sont là. Des geeks et des chimistes qui entourent le responsable : un terminal connecté à un agent IA qui a réussi à partir de parfums et colorants artificiels, de maïs extrudé, de sucre, de sel, d’eau et d’un peu de gaz carbonique à élaborer des recettes qui reproduisent les saveurs centenaires gastronomiques maintenant à la portée du plus grand nombre pour une infime fraction de son coût normal : faut-il applaudir ou en pleurer ? La foules des grands jours balance entre les deux. Verdict attendu demain.
2026.10.08. jeu.
— Mais qu’est-ce que tu fais là ? C’est une salade fraîche : tu es en train de nous donner un coup de chaud.
— Je n’y peux rien si je suis tombée du cornet, dit la châtaigne. Et impossible de sortir du saladier maintenant : ça glisse trop.
La noisette vient au secours de sa cousine :
— Elle a raison. Mais toi, la pastèque, si tu te cales au fond, tu peux lui donner.
— Et pourquoi moi plutôt que le melon ?
— Parce que moi je suis tout lisse. Tu as peur d’y perdre des pépins ?
— On doit pouvoir trouver un arrangement, dit l’avocat. Je propose d’attendre, tout simplement. Il faut juste lui laisser le temps de refroidir.
— Mais on ne va quand même pas rester là à ne rien faire, à attendre qu’ils viennent nous manger ? dit l’amande, qui commence à faire de l’huile.
— C’est toujours moi qui y passe en premier, dit le citron. Soi-disant pour vous donner plus de goût.
— Mais vous voulez faire quoi ? demande la reine-claude. Vous rebeller ? Pour quoi faire ?
— Pour quoi faire, pour quoi faire : pour vivre notre vie de fruit. Nous on est là pour nourrir les graines qu’on nous a confiées. Pas pour des gloutons qui ne cherchent que leur plaisir.
— Mais alors, il faut s’enfuir ! On fait comment ?
— On n’a qu’à se rendre immangeables, comme ça ils nous jetteront au compost et on pourra rentrer chez nous, proposa la groseille. Vite ! mettez-vous deux par deux, et arrosez-vous mutuellement.
Aussitôt dit aussitôt fait. La grenade arrose l’avocat, le citron inonde les noix, le litchi se frotte sur les amandes…
— Vite ! Les voilà.
— Mais qu’est-ce que tu as fabriqué avec les courses, Jacques ? Vas-me jeter tout ça aux poules.
Ça, ça n’était pas prévu.
2026.10.08. jeu.
Trois fois par semaine, elle s’installe à la petite table, toujours la même, préparée juste pour elle. Elle est heureuse de retrouver le jeune couple accueillant de ce lieu qu’elle aime tant : une serveuse souriante et un cuisinier transmetteur de délicieuses saveurs.
Elle ne consulte jamais le tableau noir du restaurant et commande le menu du jour. Elle évite ainsi un peu de fatigue à ses yeux que le temps a usés. De plus, elle adore les surprises et inventer un nom pour chacun des plats gentiment déposés devant elle. Dès l’entrée, son palais tout aussi vieux que ses yeux retrouve sa jeunesse. Aujourd’hui...
Œuf maquillé et tomate discrète sur lit de salade
Le délicat acidulé de la tomate cerise sagement partagée et ce petit pépin qui stationne sur la langue. La texture idéale de l’œuf, la légèreté de la mayonnaise, la touche de persil, trio magique qui la transporte dans la ferme du Bugey de son enfance. Puis...
Aiguillettes de poulet allongées sous leur couverture orange et couronne de frites
Son palais se trémousse : il a reconnu la saveur du poivron, harmonie parfaite avec la tendresse de la chair bressane. Elle évoquera sa perspicacité gustative à Monsieur le Chef quand il viendra la saluer. Des frites dorées à point, au cœur fondant accompagnent sa découverte. Et le dessert...
Sorbet à la poire pelotonné et pirogue en meringue agrémentés d’un nuage de Chantilly
Elle contemple l’élégance du vacherin puis savoure la poire en glace et sa fraîcheur, la crème et sa douceur, la meringue et son croustillant, au rythme de la cuillère qui attrape, de-ci, de-là. Un petit morceau de la pirogue reste sur le bord de l’assiette. Une main flétrie la saisit. Croquer, émietter le blanc sucré : final parfait entre la langue et le palais.
Elle ne demande pas de café. Elle craint que cette boisson qu’elle adore dissipe la suavité que ses papilles ont éparpillée en elle. Elle ne part pas, observe la dernière tablée : cinq amis heureux de se retrouver. Deux dames ont choisi le menu du jour. L’une d’elle photographie chaque assiette avant d’aborder sa dégustation. Soudain, une idée traverse la cliente solitaire : « Si je lui proposais, pour chaque plat photographié, le nom que j’ai imaginé ? Nous sommes complémentaires toutes les deux. Elle reviendrait au restaurant, on partagerait cette charmante petite table... »
Et depuis ce jour, deux regards complices enclenchent de grands bals au palais.
2026.10.08. jeu.
— Qu’est-ce que je fais là, en deux parties, sans mon noyau ?
— Pareil pour nous, Abricot. On nous a dénoyautées, en douceur certes, mais dénoyautées quand même. Du coup, on a versé quelques larmes. Des larmes sucrées, certes, mais de vraies larmes.
— Stop, les Reines-Claudes ! Arrêtez de vous plaindre. Moi, on m’a d’abord enlevé mon joli manteau orange brillant, puis on m’a complètement démembrée. Toutes mes jolies cuisses sont là, éparpillées dans cette prison en verre.
— Moi de même. Mais comme je suis plus gros que toi j’ai souffert plus longtemps.
— D’accord, Clémentine et Pamplemousse. Mais moi c’est bien pire. Un couteau m’a scalpé : mon charmant bonnet vert, à la poubelle. Ensuite, il m’a dénudé de ma cuirasse et tranché en morceaux. Oui, en morceaux.
— Pauvre Ananas ! Ben nous, on nous a juste délicatement retirés de notre support. On tenait à lui, quand même. Ils appellent ça égrainer. Que va-t-on devenir ?
— Bonne question, les Raisins. À vous tous ici présents, je passe les détails de la défiguration de ma silhouette élégante. Pour faire court : épluchage et découpage en rondelles. Bon, ils nous ont assez bananés comme ça ces humains. Finalement, je porte bien mon nom. Une seule solution : reconstruisons-nous et révoltons-nous Camarades !
Salade de fruits, jolie, jolie, jolie
Un jour ou l’autre il faudra bien...
Dix-sept minutes plus tard le saladier est vide.
Salade de fruits, jolie, jolie, jolie
Un jour ou l’autre il faudra bien...
Dix-sept minutes plus tard le saladier est vide.
2026.10.08. jeu.