Le Premier Jour... par Monique

 
Le premier jour, où Souriceau quitta sa nombreuse famille pour partir à l'aventure, fut un évènement qui resta longtemps gravé dans la mémoire de toute la gent trotte-menue.

 

Si, ni les pleurs de sa mère, ni les supplications de ses frères et sœurs, ne purent le retenir, c'est parce qu'il était vaillant et intrépide, malgré son tout jeune âge, et bien décidé à conquérir le monde.

Il s'élança donc hardiment hors du trou familial, tête haute, jurant de ne revenir près des siens que couvert de gloire et auréolé d'innombrables victoires.

Ah ! Ils allaient voir tout ce dont il était capable, ces pleutres, ces timorés. Lui, il possédait l'âme d'un vrai chevalier sans peur et sans reproche et il allait réaliser tant d'exploits extraordinaires que son nom resterait gravé, à jamais, dans toutes les mémoires.

Il cheminait ainsi, absorbé par ses pensées, quand tout à coup à quelques mètres seulement de son point de départ, un vilain matou, traitreusement embusqué parmi les hautes herbes, se jeta promptement sur lui.

La lutte fut brève et l'issue sans surprise.

 

Et voilà comment péri Souriceau, cueilli dans son tout jeune âge. Adieu renommée, conquête, aventure épique, l'histoire est terminée, le héros s'est fait croquer.

2025.09.18 jeu.


La Nuit Était Sourde,... par Michel

 
La nuit était sourde, les rues menaient au café, le pavé renaissait dans les aubes de zinc...

Les bouches d'égout baillaient, laissant échapper leur haleine fétide qui contrastait avec les odeurs de café qui s'échappaient par les fenêtres entrouvertes.

Les feuilles des arbres frémissaient sous la brise matinale.

Un chat apeuré par mes pas qui résonnaient sur les pavés miaula et s'enfuit.

Je marchais, léger, comme un automate, le cerveau encore engourdi par une nuit trop courte.

Quelques volets s'ouvraient lentement, d'autres se fermaient, grinçaient dans le silence qui m'enveloppait.

Une douce musique parvint à mes oreilles, m'invitant à pousser la porte du café, pour y trouver une chaleur réconfortante.

Le plancher grinçait sous mes pas.

Je m'installais au comptoir où déjà quelques personnes avaient pris place devant un café fumant, quelques-uns en silence, d'autres bavardant doucement, parlant de leur journée passée ou de celle qui allait commencer.

Je restais là, face à ma tasse, regardant les nuages de vapeur qui se formaient, tels des fantômes qui me ramenaient aux étranges cauchemars qui avaient hanté ma nuit.

 

Après un long moment, je suis sorti de mes pensées, et, revigoré par cet instant hors du temps, je poussais la porte, je me jetais dans la vie qui se réveillait au dehors et qui m'attendait les bras grands ouverts...

2025.09.18 jeu.

« La nuit était sourde, les rues menaient au café, le pavé renaissait dans les aubes de zinc… »
[Phrase attrapée dans La Bonne Peinture, nouvelle contenue dans le recueil Le vin de Paris (page 243, Éditions Gallimard coll. folio.]
.

 

Le Premier Jour... par Michel


Premier cri, premier clignement des yeux, premiers pleurs.

Premier sourire aussi.

Aucun souvenir.

Première peur, première angoisse, demain c'est la rentrée.

Premiers copains, première maîtresse, premier maître, heureux souvenirs.

Première cantine, premiers petits pois et première purée collés au plafond, premières bêtises.

Quel âge as-tu ? Regarde sous ton verre, ton âge est inscrit au-dessous : 24 ans, je suis vieux.

Joyeux souvenirs.

Premières vacances, première colonie, premier océan, première tasse....

Premier film au cinéma, j'attends ce jour avec impatience. Ma grande sœur m'accompagne. J'entre dans la salle, déjà dans la pénombre, je tombe, je crie : J'y vois rien ! C'est normal, c'est le but, me répond-elle en riant.

Le film commence, 2 heures de rire, de rire à en pleurer, à en pleurer de rire...

Merci de m'avoir donné l'intérêt que je porte au 7ème Art, merci pour m'avoir donné le goût de la lecture et de m'avoir transformé en "bouquilivrophage".

Premier vélo, première mobylette, première voiture, premiers émois.

Adolescence terminée, premier jour au garde à vous : Oui mon Capitaine, repos...

Premier tube de Kim Wilde "Cambodia", "Il suffira d'un signe" de Jean-Jacques Goldman, passés en boucle, à force mes tympans se sont bouchés les oreilles, puis se sont enfuis...

Premier jour de travail, dernier jour aussi, premier licenciement, et premier soulagement...

Toutes ces premières fois, si nombreuses, joyeuses, tristes, angoissantes, interminables, trop rapides, euphoriques, redoutées, inespérées, tant attendues....

Elles nous marquent à jamais dans nos souvenirs d'enfants, d'adolescents, d'adultes.

Elles resteront toujours les premières fois, jusqu'à la dernière fois...

2025.09.18 jeu.


Plumes, Plumes... Saison Nouvelle 2025/2026, N°4


Des semaines de waoucances sont passées,

retour de plages de sable, d’herbes, de galets ;

à l’ancre de leur trousse les stylos se sont amarrés,

à l’encre d’anti-sèche ils ont fait le plein arrasé ;

les stylos, capuchon en canotier, ont hâte de rouler

leur bille sur des pages désertes sans trace ou quadrillés ;

les crayons sont coiffées, la pointe, bien au milieu, affutée,

qu’ils aient cœur tendre, laissant larmes noires sur leur tracé,

qu’ils soient tête dure, aimant être plaint pour leur délié ;

la gomme, bonhomme, poursuit sa sieste sans du reste s’en soucier.

 

Ce sera grand plaisir d’à nouveau vous retrouver attablées,

Plumes aguerries, pour le lancement de la saison fin d’été.

Viendez don’, l’heure est la même, le lieu inchangé,

même l’animateur sera là pour, avec vous, partager

un grain zinzin sans sérieux obligé.

2025.09.15 lun.