Il régnait une agitation joyeuse et pleine de légèreté à la maison. Discussions, rires, boutades et répliques diverses se mêlaient à la musique sortant des hauts parleurs d'un électrophone prudemment placés un peu à l'écart du tumulte et qui accompagnaient les allers et venues des uns et des autres. Plusieurs portes avaient été démontées dans la maison et posées sur des tréteaux, puis recouverte de nappes, sur la pelouse sous les arbres fruitiers. Fallait faire avec ce qu'on avait sous la main et, de l'avis de mon père : "ça le fera bien. J'ai jamais entendu d'assiette se plaindre". Pas besoin d'installer des guirlandes non plus ; pruniers et pommiers en fleurs célébraient le printemps et pigmentaient la verdure alentour de leur éclat.
Assemblés aux abords d'un brasier rougeoyant, entretenu avec soin et sur lequel rôtissait un mouton, une partie des invités trinquaient en cadence et riaient bruyamment. Le tire-bouchon avait fait entendre sa musique. Le groupe faisaient déjà honneur à un Savagnin bien typé pour pousser tapenades, abats et autres amuse-gueules. Il y avait l'embarras du choix sur la table de découpe, à côté d'un saladier d'une marinade au parfum d'ail et de thym, dont on badigeonnait régulièrement la carcasse dorée, qui tournait lentement sur la broche. Pour sûr, il n'y avait pas que le soleil, qui allait chauffer l'ambiance et c'était moi la cause de cette effervescence. Mes parents, ma mère particulièrement, rayonnaient de bonheur et souriaient à tout le monde, tout en fignolant la mise en place du banquet.
À leur arrivée, chaque invité, seul ou en couple, venait les embrasser et leur remettre, qui un cadeau, qui une bouteille, qui un gâteau. Si à coup sûr, ces deux derniers présents ne m'étaient pas destinés, une pile néanmoins conséquente d'emballages cadeaux commençait à se constituer, au point que je disparaissais derrière.
De quoi normalement me ravir et faire bondir en tous sens d'impatience et de curiosité. Oui mais ! Quelle idée de faire mon plus bel anniversaire, alors que je n'ai qu'un an. Quel gâchis... alors que ce monticule me laisse totalement indifférent... alors que point de mouton, ni gâteau, ni bonne bouteille pour moi... alors que toutes ces risettes, dont je suis destinataire, me sont inexpressives... alors que je vais finir par m'endormir. Je ne sais pas même pas si l'on a essayé de me faire souffler la bougie... s'il y en a eu une ? Je n'ai pas souvenir non plus, comme ce sera le cas lors de prochains Noëls, de m'être plus amusé avec les emballages plutôt qu'avec leur contenu. Ont-ils seulement changé ma couche ?
2026.04.16. jeu.
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