Exercices De Style · Temps 1 [sur 2] par Thierry

 
(Ou comme quoi le hors sujet est quand même un sujet)

 

Cohue et circulation de rentrée des plages. Un ancêtre en fauteuil roulant à l'arrêt de bus. Les portes qui s'ouvrent. Le chauffeur : "montée par l'arrière avec la plateforme". Refus énervé : "ça marche jamais ! il va encore me laisser là ! ça bloque toujours leur machin !". Chauffeur qui insiste. Mon ami et moi proposons nos services et embarquement du papy par l'avant.

Sauf que la plateforme est à moitié sortie et... bloquée. La circulation aussi. Klaxons, exclamations, noms d'oiseau, attroupement, panique du chauffeur. Finalement à grands coups de pompe, on l'a rentrée la plateforme, redonnant vie au chauffeur et à la circulation, salué du "j'vous l'avais bien dit" de l'ancêtre.

 

2025.02.13 jeu.

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Valentine et Valentin par Thierry

 
Nous y voilà donc : célébration rituelle de l'amour

Mais qu'est-ce qu'on ne fête pas de nos jours

De préférence pimpant d'hystérie mercantile

Pour éblouir de ces bonnes affaires si futiles

D'abord qu'est-ce qu'il a fait ce saint Valentin

Pour qu'il échappe à un dicton météo ou de jardin

Quelques figures libres catho-pédo-libertines

En soutane nylon résille façon sainte Valentine

À la saint Valentin ne craint pas d'avoir chaud

Sainte Valentine n'a pas tempérament de frigo

À la saint Valentin bon jardinier ne plante rien

À la saint Valentine bon jardinier s'abstient

Pourtant l'hiver ayant encore le sourire frisquet

C'est plaisir que traîner au creux de bras douillets

Mais cela enchante à tout moment de l'année

Au soleil sous la pluie devant la cheminée

Rêvons rêvons qu'il n'est point besoin d'offrir

Pour qu'un cœur contre soi aime se blottir

 

2025.02.13 jeu.

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Exercices De Style · Temps 2 [sur 2] par Agnès


Rapport journalier du chauffeur Otto Kar - ligne S - (Sexus-Nexus) 14 février 2025 :


Je pars de Sexus à 6h02, jusqu’à 6h21, je roule pépère, personne jusqu’à station Marquis de Sade, où j’ai pris les travelos du Cupidon, à Sapho, première cliente, une petite brunette, à Sodome et Gomorrhe, le rush, j’ai rien compris, le bus s’est rempli comme un œuf, plus une place assise.

Lui, il est monté à Satiricon, 26 ans, j’en mettrais ma tête à couper, un halluciné j’vous dis, perché comme un suricate,  il tenait ses deux bras en l’air au-dessus de son chapeau, un modèle Panama, j’en mettrais ma main au feu, un peu défraichi et sans le ruban réglementaire, le type est raffiné mais pas argenté, j’en mettrais ma langue à fourcher, il a remplacé le bolduc par un cordon de rideau, il a crié à qui voulait l’entendre « C’est aujourd’hui que j’le perds, c’est aujourd’hui que j’le perds » mais personne dans le bus n’avait l’intention de lui chiper son chapeau.

Comme personne n’est descendu à Bagatelle, le gazier râlait de plus belle debout dans la travée « C’est aujourd’hui que j’le perds, c’est aujourd’hui que j’le perds » et là, j’ai rien compris, le pingouin a improvisé un jeu de chaises musicales, il a viré la mère Pichon, à quatre stations de sa maison, et a foncé sur sa place, à côté de la brunette toujours en cramponnant son chapeau : « C’est aujourd’hui que j’le perds, c’est aujourd’hui que j’le perds ».

Fin de mon service, je l’ai retrouvé à Nexus, dans la cour du dépôt, un air de chien battu, les mains sur sa tête nue. Un type plus âgé, son père, j’en mettrais mes oreilles à boucher, le calottait, et le poussait vers moi sans ménagement : « Vas-y, arrêtes de renifler, va récupérer ce que tu as paumé…Pardon M’sieur l’Agent, ce grand benêt il a perdu son pucelage ».

2025.02.13 jeu.

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Exercices De Style · Temps 1 [sur 2] par Agnès


 

Valentine et Valentin par Agnès


Le popotin bien calé sur le cuir de ma Dauphine, j’attends ma Valentine.

Garé sur le parking, sur l’Appli Loving, je lui fixe un dating.

Je tente un baiser sous « les Parapluies de Cherbourg »

Et, après le ciné, je l’emmène chez Achour,

Le roi du tagine au boulgour.

Au café, avant qu’elle ne se repoudre le nez,

Je saute dans le grand bain et lui demande sa main.

Au diable la lésine, je lui paye une cuisine

Pour qu’un beau matin, les mains dans la farine

Elle me dise sans détour, j’ai un polichinelle dans le four.

Pour le meilleur et pour le pire, elle est mon Altaïr

Même si je dois voter Zemmour, même si elle aime Marine.

Voilà qu’elle se radine, parée de ses atours

Dans sa robe à ajours, elle est belle comme le jour.

« Ciao Bello, c’est toi Valentin », j’opine au bel accent italien

Sur la moleskine, elle pose son arrière-train

Ouvre son décolleté, et retrousse ses babines

Mon sang ne fait qu’un tour, enfin mon grand amour

La femme de ma vie, la mère de mes mouflets.

« Crache les billets, bébé, c’est 200 tickets ! ».

2025.02.13 jeu.

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Exercices De Style · Temps 2 [sur 2] par Hug

 

Un matin. Pourquoi un matin ? l’après-midi c’est pas mal non plus. Dans la journée donc.

Un bus fait des S sur sa ligne, c’est son boulot, le matin, l’après-midi, le soir.

Parfois le bus fait des pointes, soit pour saluer l’Opéra, soit qu’il est à la bourre, les heures d’affluence influencent le flux.

Cette fois il y a du monde au balcon et dans les couloirs ; bousculade et pas contents certains. Il y a du dessous de bras qui relent, de la dent creuse qui fait pas tapisserie. Et de la colère qui féroce dans le vaisseau urbain : un type, grand sifflet du cou avec, lui coulant au front galurin pas cuit d’où tombe un cordon de poêle, se plaint, geint, larmoie en ses manchettes pointant d’un index dégoulinant un inconnu même pas célèbre C’lui-là m’a bousculé, i’ fait qu’à m’ tirer le revers.

Un arrêt le stoppe.

Emportées par la foule, qui les traîne, les malmène, les odeurs s’envoient en l’air frais et s’évanouissent.

Grand long cou, d’un coup, court vers un siège courtois qui lui offre place et s’y assoie.

La journée s’achevait, l’histoire s’était évaporée, oubliés le bruit, les odeurs de la foule entassée quand en bord de trottoir pas loin surgit Grand cou tenant caniveau avec un collectionneur de bouton qui lui fait réclame pour redonner à boutonnière sa dignité d’origine.

 

2025.02.13 jeu.

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