Ce Siècle Avait... par Pascale


 
Ce siècle avait 61 ans

 

Youri Gagarine dans l’espace se promenait
Surnom que mon cousin gentiment me donnait 
La guerre d’Algérie encore continuait
Au cours de cette année un mur fut construit 
Parfois je te le dis, mon amour mon conscrit 
Moi je suis née avant toi tu es né après

 

Cette année-là...

Je suis née.

Mon premier nid...

Une maison calme et son jardin, 28 rue de la Ruche, près de la voie ferrée et du passage à niveau Sans Souci avec garde-barrière et maisonnette : deux jolis noms pour le début d’une vie.

Mes parents, le chat Pompon.

Les jours filent, les trains aussi. Grandir, marcher, courir, parler.

Mes oreilles attrapent la radio...

Et j’entends siffler le train...

Tiens ! moi aussi, depuis que j’ai quitté la maternité. C’est à dire depuis toujours ou presque.

Que c’est triste un train qui siffle dans le noir...

Mes trains à moi ne sont pas tristes. Ils chantent le matin, l’après-midi. Le soir je ne sais pas, je dors.

Si j’avais un marteau Je cognerais le jour Je cognerais la nuit Je bâtirais une ferme...

Quelle idée ! Ici il y a déjà une maison, calme et tranquille.

Et j’y mettrais mon père, ma mère, mes frères et mes sœurs...

Mes parents étaient dans la maison bien avant moi et des frères et sœurs je n’en ai pas.

 

1967...

Je change de nid...

Un appartement au troisième étage d’un immeuble grouillant d’enfants. Plus de voie ferrée, plus de trains, mais, en bas, la piste au goudron rouge, le bac à sable et les prés de l’autre côté de la rue. Ces espaces à nous, les enfants : jeux, découvertes, amitiés, disputes, réconciliations. Initiations aussi : “Le Père Noël n’existe pas, c’est...”

Nid idéal d’une petite fille sans frère et sœur.

Jeudi après-midi... Alerte au balcon d’une maman : “C’est l’heure de Zorro !”

Chacun d’entre nous remonte, s’installe devant une télé : la sienne, celle d’un copain.

La place Rouge était vide... Tiens une autre chanson. La nôtre de place Rouge ne reste pas vide longtemps. Trente minutes plus tard, chacun de nous l’a rejointe. L’activité reprend.

L’enfance suit ses rails...

 

2026...

On n’entend plus siffler le train rue de la Ruche

Plus de passage à niveau quartier Sans Souci

Et toi garde-barrière, où es-tu parti ?

Flot de nostalgie en moi : le poids d’une bûche

Seule la maisonnette est encore debout, pimpante

Pièce de patrimoine urbain sans rails sans attentes.

2026.05.21. jeu.

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