Bonjour, tendre et désirée Chose (ne sachant pas votre prénom)
Tenez, vous aimez les animaux ? Eh bien sachez, que vous avez réveillé en moi le cheval fougueux, qui par les steppes sauvages, pourchasse inlassablement le bison. Mais juste pour faire une photo, car j'ai un bon boucher près de chez moi et pas de congélateur. Du grand air, j'en conserve quelques boutons, car autant le bison me craint, le moustique m'adore. Mais vous verrez, on s'habitue à cette constellation sans cesse renouvelée et trouverez rapidement ma compagnie avantageuse, au moins pour être ignorée de ces sales bestioles. Je pense que c'est très appréciable, quand on est une femme.
Grand amateur de ces lectures, qui vous emportent à l'infini et vous bouleversent, je suis un fidèle et heureux abonné au "Chasseur français". Pour rien au monde, je n'en louperais un numéro et j'en suis récompensé d'alléchantes recettes ou du bénéfice d'un abonnement au tarif préférentiel. Je suis tout autant un inconditionnel de culture, je fais pousser des courges magnifiques, qui font des envieux, tout comme ma belle récolte de patates l'année dernière et il y a des géraniums aux fenêtres du salon et de la cuisine. J'ai signé les pétitions pour la préservation des cabanes de chasse des bois Foissnas, pour l'indépendance du Bugey tropical et pour l'interdiction de l'arrachage sauvage des clous de traverse de chemin de fer. Je ne cherche pas à me vanter, mais outre l'engagement, vous pouvez mesurer l'ouverture d'esprit et l'enracinement rural qui m'animent. Et le pompon ! Pour vivre toute l'intensité de cette délassante et savante agitation et vous imaginer saliver d'envie de la partager, songez que je suis le conducteur enflammé d'une éclatante et ronflante Simca Aronde avec, top des options, un auto-radio et des sièges couchettes. Je puis l'affirmer : la nationale 7 ne me fait pas peur !
Vous voyez à ces quelques lignes, combien vous m'ébranlez, jusque dans mes plus symphoniques élans. Je me vois déjà cheminer, folâtrer, palabrer, jubiler, exulter... en une somptueuse compagnie, revêtant vos traits. D'ailleurs en parlant de trait, j'aime aussi les chevaux de trait. Du ferme, de l'énergique, de la croupe, bon sang ! Du galop souple et léger du camarguais, je cavale guilleret à celui puissant et lourd d'un comtois, sans que l'on s'en rende compte... comme on retourne un steak dans une poêle. Vous qui aimez les animaux, pouvez juger de ma polyvalence. Je piaffe fébrilement de gourmandise, en vous idéalisant comme un double picotin d'avoine.
Evoquons enfin votre rêve d'une maison blanche. Hélas, je ne l'ai pas. Mais ne soyez pas désespérée pour si peu. Primo la barbouille ça peut se faire et deuzio, il y a quand même du blanc, plein de blanc, dans mon existence. Mon Aronde est blanche, avec un petit liseré noir pas piqué des hannetons, j'aime beaucoup le blanc du Jura et je possède une trousse de toilette et une valise blanches. J'ai également une sœur, qui s'appelle Blanche. Elle est à la faculté de médecine. La pauvre est mort-née et elle est exposée dans un bocal sur une étagère. Les étudiants toujours facétieux, ont donc baptisé ce lieu la salle Blanche. Pour finir en beauté avec le blanc, je suis l'heureux papa d'un poisson rouge albinos. Il est blanc avec des yeux rouges, on dirait un bâton de surimi. Du coup il s'appelle Surimi.
J'arrête là, pour ne pas vous effaroucher d'une maladroite incompréhension de mes capacités, ou faire naître en vous, rongée sadiquement, les tourments de l'impatience. Il y a bien le temps ! Vous avez déjà un étalage garni de mon sérieux et de mon entrain ! Vous voyez que c'est du mijoté aux p'tits oignons et une sauce bien liée. Alors ! Rencontrons-nous d'abord et vite ! Soupesons l'audacieuse destinée que réclament nos semelles... ensuite séduisons-nous lentement au gré de pittoresques aventures, d'agri-cérébrales cultures et de truculentes révélations. Je ne vous donne pas mon numéro de téléphone, car j'en ai pas. Il ne me servirait à rien, je suis un peu sourd. Malgré cela, je reste à votre écoute, fringuant et lumineux, à l'affût de votre babil enchanteur dans "Le Chasseur Français". J'entreprends derechef une surveillance enragée des annonces, avec néanmoins l'étalage de toutes les plus onctueuses politesses d'usage.
P.S. : Foin de "Chasseur français", j'ose brûler les étapes, je mets mon adresse au dos de l'enveloppe
2026.05.21. jeu.

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