Ma gare de départ, magnifique et entretenue avec soin, entourée d’un vaste jardin aux senteurs de tilleul ; il faut dire que le chef de gare, qui fût aussi mon aïeul, était un passionné du bricolage en tout genre. Quant à la cheffe de gare, il paraît que mon arrivée l’a tellement tourneboulée qu’elle en a fait un malaise, sans conséquence heureusement pour elle.
Pourquoi cette gare de départ fut-elle celle-ci plutôt qu’une rose maternité impersonnelle, je n’en sais fichtre rien. Mais ce que je peux vous dire, c’est que cette maison, qui depuis a été sacrifiée à un remembrement citadin est toujours présente en moi. J’en garde son parfum, ses bruits bien spécifiques de craquement de parquet, de porte qui claque… une fascination pour les carreaux de ciment et leurs motifs colorés. La lumière aussi qui filtrait différemment selon les fenêtres. Je crois que je pourrais en parler des heures tellement sa palette sensorielle demeure, et confidence pour confidence, aujourd’hui encore il m’arrive d’y retourner pour le plaisir.
Point de nostalgie, que du bon. De la gratitude d’avoir eu un tel berceau et de savoir le maintenir vivant, bien au-delà de sa matérielle destruction.
2026.05.21. jeu.

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