Ce Siècle Avait... par Michel


18 juin. Une gare de terminus, le train s'arrête, tout le monde descend. Tout le monde ? Enfin moi seul, ma pomme.

Le dernier de la fratrie descendait sur le quai de la vie, sur lequel m'attendaient déjà un XX et quatre XY, impatients de m'accueillir.

Cette année-là, le public ne me connaissait pas, les Beatles étaient quatre garçons dans le vent, on a dit adieu à Marilyn.

Souvenirs lointains, enfance bercée par des cocorico, des cot-cot, des bêêh, des meuh, des wouf-wouf, des miaou-miaou, et des Descends de là tout de suite !

L'odeur des foins, de la transpiration sous un soleil de plomb, de la terre mouillée, de la nature qui s'éveille.

La bonne odeur des plats qui mijotent des heures sur le poêle à bois, odeur de brûlé quelques fois...

Les glissades sur le verglas, les chutes.

La voix de l'animateur qui s'élève du poste de radio qui grésille, "Banco, super banco".

Le bruit des assiettes que l'on pose sur la table.

Le bruit du silence, entrecoupé par quelques rares mots échangés sur la météo, les cultures, la météo, l'école, la météo.

Le grincement des freins du vélo, le frottement des pieds sur la terre du jardin potager. La récolte des fruits et légumes. Le chant des oiseaux.

Le vacarme assourdissant du tonnerre, du vent dans les branches. La sirène des pompiers au loin...

Les bonbons chapardés dans le magasin séculaire, le plancher en bois qui grince, la marchande aussi âgée que sa boutique.

La porte qui claque, la claque sur la joue, la joue endolorie.

Le chlore de la piscine, les yeux rougis, les tasses, les coups de soleil.

L'enfant a grandi.

Puis le train est parti, il s'est éloigné, a disparu de ma vue, de ma vie, pour un voyage lointain, pour une destination inconnue.

2026.05.21. jeu.

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