Trois Incipits (Ou Débuts d’Œuvres) Pour Une Histoire... par Aline

« Appelez-moi Ismaël » dit le jeune au groupe qu’il venait de rejoindre en haut de la montagne.
« Tu es tout seul ? » lui demanda Fernand.
« Oui », répondit Ismaël.
« On ne se retrouve pas là par hasard », lança Catherine, « tu nous as suivi ? »
« Disons que je vous ai aperçu. Et vous m’avez servi de guide jusqu’au sommet. C’est vrai que seul, je n’aurais osé m’aventurer par ces chemins escarpés »
« Pourquoi ne nous as-tu pas fait signe avant ? » s’enquit Chloé
« Je ne voulais pas vous déranger. En fait, je n’étais pas sûr d’aller au bout et je ne voulais pas me rendre ridicule en tournant brusquement bride et vous faussant compagnie pour rentrer chez moi »
« C’est angoissant de savoir qu’on peut être suivis sans s’en rendre compte », dit Anaïs
« Je ne suis pas un espion. Mais on m’a raconté qu’il y avait une grotte pas loin avec un vieux berger. On pourrait le chercher ». Et les voilà à la recherche de la grotte.
Soudain un dos massif leur fait face.
Le vieux berger se retourne et dans le mouvement qu’il fait, une affreuse puanteur tant de sueur que de pieds mal lavés se dégage de ses habits crasseux.
« Doukipudonktan ?», se demande Gabriel excédé.
Le vieux les observe et leur dit que la nuit va bientôt tomber, qu’ils devraient rentrer chez eux.
« Pas encore » dit Ismaël. Et Fernand ajoute qu’ils avaient prévu de dormir là.
Le vieux leur offre de passer la nuit dans son gîte, en disant qu’il en avait marre de sa vie de reclus et qu’il leur souhaitait bonne chance pour s’occuper de ses moutons.
Et la nuit venue, il descendit la montagne.
Et c’est ainsi que
"Dans la plaine rase, sous la nuit sans étoiles, d'une obscurité et d'une épaisseur d'encre, un homme suivait seul la grande route de Marchiennes à Montsou, dix kilomètres de pavé coupant tout droit, à travers les champs de betteraves."

Aline de l’atelier de Hug à la bib d’Oyonnax, le 10 novembre 2022


Les Gros Mots... par Hug



Les Gros Mots... par Aline




21h. Une Femme, Avec Une Valise... par Hug

C'est au réveil qu'elle comprend que sa nuit a été compliquée : la couette en tas au pied, les coussins dispersés. Avait-elle rêvé ? Elle a chaud. Elle ouvre tout en grand la fenêtre, les volets, les bras et inspire autant que possible l'air frais de janvier.

Son bagage est prêt depuis la veille. Elle a l'habitude ; chaque mois, ne pas perdre de temps à vérifier au dernier moment ; se préparer avec soin et, le moment venu, partir sans crainte d'oubli ; se lever, se charger de la valise et fermer la porte.

Elle passe cette journée oisive, feuilletant les albums de photos rapportés lors de précédentes visites. Sur les images à bordure dentelée, elle reconnait la plupart des gens, certains visages la laissent perplexes, les lieux sont connus, proches, lointains, étrangers, elle se rappelle le moment mais pas les gens, pas toujours.

Après les photos elle feuillette les lettres rangées dans la grandes boite en carton décoré. Des enveloppes colorées, d'autres barrées de bleu blanc rouge en papier fin pour voyager léger par avion. Elle s'arrête sur certains courriers, sort le feuillet et lit. Souvent les mêmes d'un mois l'autre. Ses yeux brillent chaque fois.

Vient le moment de se rendre à la gare. Elle marche à pas tranquilles. Tout au long du chemin elle se remémore ses voyages, les visites passées. Cinq années déjà. Elle s'arrête, regard sur la gare au bout de l'avenue, soupirs. Elle reprend sa marche. 

Elle attend, sous l'horloge, en regardant les autres voyageurs qui montent dans les voitures.

Il est 21h00. Le train part. Elle s'assoit sur le banc sous l'horloge.

 

2022.10.13 jeudi

21h. Une femme, avec une valise... par Aline

Marie pense à Roland. Elle a encore rêvé à lui, mais ne peut se résoudre à lui dire.
C’est trop grave. Comment le prendrait-il ? Le test est positif.
Eh oui, Marie ne prend pas la pilule, et Roland est marié. Mais il ne divorcera pas. Marie le sait.
Le garder, ne pas le garder ?
En tous cas Marie ne peut rester avec ça, cette incertitude la ronge.
Marie est célibataire. Elle n’a pas d’enfant, mais n’aime que Roland.
Elle ne peut lui faire ça : un enfant dans le dos, comme on dit. Si elle garde l’un, elle perd l’autre.
Dubitative, elle cherche des témoignages sur internet. Le temps de chercher, elle peut réfléchir.
A bientôt 40 ans, elle se trouve trop vieille, de toute façon, à 40 ans, c’est dangereux.
Le tél sonne. Son amie Céline l’invite pour la soirée. Joie, Marie pourra évoquer son problème.
Marie prépare sa petite valise pour sa nuit chez Céline.
Elle met le test entre deux chemises. Elle emporte aussi des fruits secs.
Elle imagine leur conversation tout le long du chemin jusqu’à la gare.
Il est 21h. Le train entre en gare.
Le portable de Marie sonne. C’est Céline. Elle a réfléchi et vient la chercher en voiture.
Du coup, le train part, et Marie reste sur le quai, pour attendre Céline !

2022.10.13. jeudi

Le Sel De La Vie (inspiration : Françoise HÉRITIER)... par Hug

Se réveiller juste après minuit et sourire à toutes ces heures qui restent à dormir ; ou à insomnier.
 
Entendre le chat déambuler dans la chambre, attendre sa venue sur la couette.

Éplucher les légumes pour la soupe en chantonnant une vieillerie des années soixante-dix.
 
Ouvrir le placard de la vieille maison, souffler la poussière, découvrir des souvenirs à décortiquer.

Au petit matin, la forêt, la fraîcheur, les framboisiers, le son du bidon à lait en alu qui tinte à la ceinture.
 
S'installer le premier au cinéma.
 
Coller des timbres, de vrais timbres postaux, de ceux qui nécessitent la langue pour qu'ils restent en place tout au long de leur voyage.
 
Siroter un café à juste température sans compter le temps qui passe.
 
Passer le long d'une école, maternelle ou primaire, au moment de la récré et se repaitre les oreilles des cris de marmailles.
 
Regarder la télévision en coupant le son ou l'écouter en coupant l'image. Ou bien encore regarder la radio simplement.
 
Réussir à lacer ses chaussures de façon à ce que les quatre boucles et les quatre brins soient parfaitement égaux en longueur.
 
Chausser ses lunettes après les avoir mé-ti-cu-leu-sement nettoyées, trouver que l'on voit beaucoup mieux, mieux que jamais auparavant.
 
Ranger les livres de sa bibliothèque pour que tout soit bien aligné, puis tout déranger ensuite pour qu'un désordre joyeux prenne place.
 
Brasser plus que nécessaire un yaourt plein de nature dans lequel une dose coquette de gelée de framboises barbotent en riant, tourner, tourner, tourner la cuiller jusqu'à obtenir une fine consistance appétissante. Laisser l'envie gourmande danser sur le bout de la langue. Et lentement, avec un délice profond déguster à petit dose la merveille rosée.
 
Se dire "ça va !" dans le miroir au matin.

2022.13.10 jeudi

Le Sel De La Vie (inspiration : Françoise HÉRITIER)... par Aline

Les sels de ma vie

Lire un roman ou une BD, confortablement installée dans mon canapé, goûtant l’éternité qui passe. 

Choisir mes livres au hasard d’un rayon de la bibliothèque.

Me balader en ville comme dans une ville étrangère et découvrir des détails inédits.

Être touriste dans ma propre ville et me laisser aborder par l’inconnu. 

Me souvenir de mes rêves, les écrire, découvrir leur sens profond et quand je ne trouve pas, recevoir leur sens en allant au cinéma.

M’asseoir dans les fauteuils douillets du cinéma, dans la nuit noire d’une solitude habitée d’un film comme d’un rêve.

Poser une question à mon intuition, être surprise de la réponse inattendue à des moments incongrus.

Trouver les objets perdus en me laissant guider par mes pieds, je leur passe commande et ils vont.

Lorsque les pas d’une balade me conduisent à une fête.

Ressentir les énergies des lieux, sentir les vibrations, deviner les secrets.

Marcher dans les flaques d’eau des chemins, avec mes bottes.

Sentir les noisettes et les noix qui m’appellent, et en trouver à l’appel ! 

L’impulsion de faire le ménage et hop, un visiteur inattendu me rend visite !

La joie de mon petit-fils qui se jette dans mes bras et me fait des farces.

2022.10.13. jeudi