Moi, Gudule, le sanguin Globule, je vous le concède je ne suis pas sorti de la cuisse Jupiter, au mieux ai-je pris vie dans son fémur. Difficile de trouver une parenté certaine, je nais d’os mais duquel ? à minima un os à moelle. Et malgré notre origine osseuse, notre existence est courte, on ne fait pas de vieux os dans la famille.
Hasardeuse naissance qui prive d’appeler maman, d’appeler papa, au moindre bobo, à l’écorchure assassine, à la brûlure écarlate. Aussitôt né, aussitôt adulte, autonome, responsable, actif. Et question activité il y a de l’ouvrage, tant que notre globulaire lignée se répartit en deux branches de compétences, pour éviter les confusions entre globules, notre couleur est différente, rouge ou blanc, quant au cépage et leur caractère, je laisse à votre curiosité le soin de consulter le guide Hémoglobine et Leucocytes du Comte Dracula pour en découvrir la grande variété. Ce serait indélicatesse qu’omettre nos cousines les plaquettes et notre cousin le plasma, membres essentiels à la bonne marche de l’entreprise familiale.
Le hasard m’a fait rouge, rien de politique, pas plus que de sportif, j’ai juste un appétit vorace pour la chose ferreuse, je suis prêt à croiser le fer en toutes circonstances possiblement nourrissantes, je me repais de ce savoureux élément qui rouille quand on le mouille et me donne une bonne mine ; en manquer me plombe, je palis, perds mes moyens. N’allez pas imaginer que je suis dans le circuit pour faire joli, j’ai un rôle, des fonctions importantes, je suis transporteur exclusif, j’approvisionne et évacue, sans moi la vie serait vite asphyxiée. Je circule sans interruption dans un réseau de canalisation aux caractéristiques variées : diamètre, souplesse, complexité. Un des plaisirs dans ces voyages circulaires est la traversée des poumons pour reprendre la ligne rouge, j’y respire, je m’oxygène une grande goulée et plonge, en apnée, dans la conduite pour distribuer mon chargement de vivifiantes molécules. La course est intense, d’un tour à l’autre le plan de visite varie, du foie au cou-de-pied, du biceps au pancréas, du nez à l’estomac, chaque voyage est une exploration, du cerveau au gros colon, traversée d’un océan lymphatique vers des nouveaux mondes renouvelés. Le chemin du retour, par la ligne bleue, se parcourt en attrapant de mortifères trophées, l’air vicié m’encombre, je me sens poussif, il me faut résister à l’oppression. La solidarité entame son ho-hisse, je suis poussé, tiré, supporté, rien de peut m’arrêter dans ce perpétuel mouvement. Enfin, la station d’échange gazeux est atteinte, dans l’épaisseur moelleuses des lobes pulmonaires je me libère de mon étouffant fardeau, me gonfle le plastron d’un air frais porteur de vie. L’humeur est belle ; hardi Globy ! hardi ! pour un tour encore.
Le réseau de transport, fluide le plus souvent, peut se trouver encombrer d’éléments perturbants, la circulation devient laborieuse, compliquant les échanges jusque-là courtois, je me souviens d’un blocage presque total durant la traversée du cœur, une étape étourdissante habituellement, la situation aurait pu être fatale, la chance veillait au drain, j’ai réchappé au sacrifice.
Nous sommes quelques compagnons à vouloir réaliser à une action externe, non pas une évasion nasale découlant sur… rien mais un acte salutaire de service sanitaire : le don de nous. Le répartiteur central s’est engagé à convaincre notre bailleur de se rendre à la prochaine collecte.
2026.09.17. jeu.
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