On peut vraiment dire que je n’en menai pas large, le jour où je suis rentrée, pour la première fois, dans le cabinet de l'infirmière scolaire.
Je tenais serrée, dans ma petite main tremblante, ma convocation pour une séance de vaccination gratuite. Nous étions, toute la classe, debout en file indienne, terrorisées, le visage pâle, les jambes flageolantes, une boule au creux de l'estomac, avançant pas à pas jusqu'au lieu du sacrifice, victimes innocentes offertes en holocauste au terrible Dieu BCG.
Arrivée devant la grande prêtresse, personnage effrayant tout de blanc vêtu, chacune à notre tour, nous devions présenter la chair tendre de notre bras à ses douloureuses scarifications, pratiquées à la chaine et sans ménagement, afin de nous inoculer le vaccin tant redouté.
Certaines pleuraient et auraient bien voulu s'enfuir, mais d'impitoyables cerbères étaient là pour prévenir toute tentative d'évasion. D'autres encore s'évanouissaient lorsque le monstre inhumain, armé de son vaccinostyle, martyrisait leur épiderme délicat.
Alors là ! pas question que je flanche, me dis-je, en serrant les dents. J'avançai tête haute pour affronter l'indicible épreuve, faisant face vaillamment et plongeant, avec défi, mon regard dans celui de la monstrueuse créature dressée devant moi. J'encaissais sans broncher ses cruelles lacérations puis je m'éloignais, me redressant de toute ma taille, fière de mon courage et d'avoir grâce à la puissance de ma volonté pu supporter ce terrible moment.
2026.09.17. jeu.
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