Fait Divers En Trois Lignes par Michèle


Mme Gieger était partie de bonne heure ce matin de la gare de la Part Dieu en traînant sa valise à roulettes. Pimpante et guillerette, elle arborait une mine joyeuse. Pourtant, la veille au soir, elle avait annoncé à son mari que sa mère souffrante réclamait sa présence. Elle devait donc passer quelques jours à Vélizy à environ 2 h 30 min de Lyon. Son mari, très pris par son travail ne lui avait pas trop posé de questions. À vrai-dire, il ne portait pas beaucoup sa belle-mère dans son cœur et l’inverse était également avéré.

 

Mme Gieger avait soigné sa toilette, emporté dans son bagage ses plus beaux atours. En fait, elle rejoignait son amant rencontré à l’automne dernier, un vrai été indien propice aux coups de foudre. Et ce jour-là, Mme Gieger avait vraiment été comme foudroyée. Et, ce matin, un mois après leur rencontre, ils avaient comploté un séjour en amoureux. Afin d’éviter tout soupçon, Mme Gieger avait pris son billet jusqu’à Vélizy où sa mère habitait. Son amant devait l’attendre là-bas avant de l’emmener passer un séjour de rêve. Les derniers kilomètres, Mme Gieger, impatiente, les avait passés à regarder par la fenêtre les rails qui défilaient inlassablement tout en rectifiant à l’aide de son miroir de poche, sa coiffure, son maquillage… Puis le train avait commencé à ralentir et là, sur le quai, au loin, son regard avait tout de suite été attiré par son beau Pierre. S’emparant de sa valise, elle sortit du compartiment dans lequel elle avait voyagé seule. Elle s’engagea dans l’étroit couloir désert, se dirigea vers la porte et réussit à l’ouvrir. Elle descendit sur le marchepied, sans perdre son bel amant des yeux, puis sauta sur le quai. On était en gare de Vélizy. Mais le train roulait encore. L’impatiente Mme Gieger s’est cassé les jambes.

2026.06.18. jeu.

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