Un Été Indien par Agnès


De Dunkerque à Tamanrasset

  
Tu sais, je n’ai jamais aussi lucide que ce matin-là.
Nous marchions sur la plage de Zuydcoote
C’était l’été, un été en mode dégradé
Une saison qui n’existe qu’au nord de Dunkerque
Ici on l’appelle ça l’hiver indien
C’était tout simplement un été pourri.
Avec tes Docksides et ton vieux ciré jaune
Tu ressemblais à Oliver de Kersauson
Et je me souviens, je me souviens très bien
De ce que tu m’as dit en ouvrant le parapluie
« C’est juste un grain, ça ne devrait pas durer »
Et moi de penser tout bas « Comme notre amour »
 
J’ai bu la tasse dans tes yeux bleus
Tu m’as fait du char dans le bunker
Pendant que tu bécotais mes lèvres gercées
J’ai glissé mes mains sous ton Thermolactyl
Tu m’as parlé du lendemain, de tes beaux rêves flambants
Des Babygros sur la corde à linge
Les bières en packs de trente devant la télé
Des repas du dimanche chez ta mère
Et du camping de Malo Bray-Dunes
 
Aujourd’hui, à 4 000 kms de la Côte d’opale
Loin des draches et du café maroilles
Je suis là où le soleil habite,
Et j’me fiche de savoir où tu es et ce que tu trafiques

Je regarde Hélios décliner derrière les montagnes
Et incendier le ciel mauve du Hoggar
Je sais qu’ici je finirai mes jours
Loin des cheminées d’Arcelor Mital.
À choisir entre tente et caravane
Je préfère ma Touareg à ta Quechua
Et la Méhari d’Ali à ta Trigano huit places
 
Sur ma boussole, j’ai perdu le Nord
Je vais là où je veux, quand je le veux
Le bonheur est toujours pour demain.

2026.06.18. jeu.

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