Dix Plumes, Dix Mots par Hug

 
Les Vacances

 

De la saison d’atelier bientôt la fin,
Alors les jours de jeudi, lecture au jardin.
Le plus difficile reste de choisir le livre
Qui rendra l’imaginaire léger, ivre.
 
Si m’ennuient les histoires de cœur
J’irai noyer mon nez au parterre de fleurs
Ou au potager, y dansent les tubercules.
Au milieu d’elles se cache la tarentule,
Bestiole insolite qui tricote son habitation
Avec des fils ténus tendus sous tension.
 
Plus loin dans l’olivier, la cigale électrique
Joue son crin-crin, agaçante musique,
À elle je préfère le son des pommes
Quand elles tombent et m’assomment ;
Le choc de leur chute me grise
Bien plus d’une poignée de cerises,
Je m’imagine savant à perruque plumée
Théorisant la gravité, l’esprit embrumé.
 
Sujet d’étude de l’été : le nabuchodinosaure,
Préhistorique bestiau à goulot souple herbivore.

2026.06.18. jeu.

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Fait Divers En Trois Lignes par Hug

De Dupond du Gard, correspondant pigiste – En ce jour de ce mois, de cette année.

 

Bien connu dans sa commune le sieur Louis Lamarre alimentait avec une facilité agaçante, sa réputation de fout-rien notoire depuis quelques lustres. Nul n’aurait pu dire si Lamarre possédait logement propre, s’il avait activité rémunératrice, salariée ou indépendante, en effet dans toute la ville, n’importe qui à n’importe quel moment pouvait croiser Louis bras dessus-bras dessous avec lui-même trainant son ombre nonchalante. De nuit comme de jour impossible de situer le moindre lieu d’attache. Lamarre traversait l’existence sans la moindre apparence de pécuniaire souci. De quoi donc vivait-il ? Ses divagations ne l’emmenaient pas à la soupe populaire pour le couvert, pas plus qu’à la crèche des indigents pour la nuit ; alors… !?

 

Nous avons mené enquête. Remuant un peu la vieille vaisselle chez les connaissances régulières qui lui offraient, à tour de rôle, le boire, le manger, l’eau chaude au robinet, le coucher et le bois dans le poêle en saison, nous avons appris que monsieur Lamarre était inventeur de choses nouvelles. Il présenta le mois dernier au concours Lépine de Paris une magistrale invention. Son prototype, mêlant technologie et inventivité, y fut pourtant accueillie d’une moue dédaigneuse par un jury chenu encravaté affichant au revers les couleurs des financeurs banquiers du moment. Il fut recalé en fin de palmarès.

Louis Lamarre s’en trouva triste et dépité, il avait œuvré dur et longtemps pour mettre au point sa fabuleuse création qui, espérait-il, éclairerait le monde d’une lumière permanente les soirs d’hiver, les nuits d’insomnie et les matins blêmes. En effet, sa lampe à pétrole permettait une économie de carburant et une sécurité totale en cas de manipulation hasardeuse, un renversement accidentel restait sans écoulement, là se trouvait la différence : un procédé tenu secret isolait la mèche active du réservoir, impossible pour la flamme de s’élever au rang d’incendie, elle mourait à l’instant de la chute. Une révolution pour la vie quotidienne.

 

Cette année-là, au Lépine, de vils jurés virent dans l’objet novateur de l’inventeur Lamarre un projet fructueux. Les banquiers, en arrière-boutique, les regards brillants, agrandirent le soufflet de leurs portefeuilles prêts à ranger bien à plat les beaux bénéfices qu’ils escomptaient réaliser.

Cette intrigue de financiers d’agir ne plut guère au créateur, et mit Lamarre à bout.

 

Ainsi, de retour du salon où il n’attendit pas la remise de prix qu’il savait ne pas recevoir, l’inventeur désespéré déboucha sa lampe et but la totalité du pétrole qu’elle contenait, soit un litre. À l’heure où nous bouclons nous ne savons si monsieur Lamarre s’est éteint définitivement.

2026.06.18. jeu.

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Un Été Indien par Hug

 
Nous étions partis pour les vacances
Laissant loin notre lieu d’aisance,
La propriété en bord du lac Léman,
L’abandonnant sans larmoiement.

Nous avions choisi un endroit sablonneux
Une ville de mer où se promènent les vieux
Nous avions, tu t’en souviens, à nous deux
Le double de l’âge des plus urineux.
  
Ce matin-là je m’en souviens très bien
Tu m’as dit : Allons dehors ! Viens !
Nous nous sommes retrouvés sur le sable
Nos pas nous ont conduits, immuables.
 
Tout autour les gens semblaient sortis
D’un tableau de Francis Bacon pas fini.
L’idée te prit de danser sans musique
Devant tout ce monde, et sans tunique.
Les regards sur nous questionnaient, gentils,
« Sont drôles ceux-là et bien mal assortis. »
 
Pourtant depuis des années, un siècle presque,
Notre amour rayonne telle la Sixtine fresque,
Nous en avons vécu des scènes : sa création
Ses mots doux, ses tourments, ses adorations.
Il y eut des pleurs, des cris, des torpeurs
L’angoisse de se quitter étouffait nos peurs.
Au rappel de cette vie ensemble embrassée
Nos mémoires pleurent des larmes brassées
 
Ce matin nous sommes las
Plus capable de faire le moindre pas
Nous avons beau nous encourager,
Nous dire des mots tendrement enragés
Rien n’y fait, immobiles, imperturbablement
Les roues des déambulateurs se noient aux sables mouvants.

2026.06.18. jeu.

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