Un Verre De Vie De Fruit… par Ghislaine

 
Méli-mélo dans le saladier
Ou le dernier salon où l’on cause
 

Au retour du marché, les fruits sont réunis.

— Moi je m’en paie une tranche, dit la mandarine.

— Tu es bien présomptueuse, nous aussi nous nous en payons une tranche, répondent en chœur la clémentine et le pamplemousse.

— Qui a un noyau comme moi ? demande la pêche.

— Nous, nous, s’écrient l’abricot, la datte, la reine-claude, la mirabelle et la cerise.

— Ce matin, dit la pomme, il m’est arrivé un pépin. Je me suis fait croquer par Blanche-Neige. Heureusement, la marâtre n’avait pas eu le temps de m’empoisonner !

— Et nous, nous en avons assez d’être pressés, se lamentent l’orange et le citron. On nous déchire les chairs, c’est cruel.

— Que dire de notre sort à nous, les fraises, les framboises, les cassis, les mûres et les groseilles ? On nous cuit dans plein de sucre puis on nous enferme dans des pots et on nous met à la cave, dans le noir.

— Nous, les marrons et les châtaignes, nous sommes grillés dans la cheminée ou alors on se sert de nous pour être distribués dans les pugilats !

— Et moi, dit la grenade, on me dégoupille, c’est bien pire…

— On me prend toujours pour une poire, se plaint la Guyot. Ma seule consolation et ma fierté, c’est de fournir une eau-de-vie parfumée que l’on déguste dans un joli petit verre.

— Tu n’es pas la seule, moi aussi, dit la prune, je passe dans l’alambic pour réjouir les papilles après le repas.

— Est-ce que vous allez cesser de vous plaindre, c’est le mur des lamentations dans ce saladier ! Moi, vous vous en doutez, j’ai la banane.

— Et nous, les amandes, les noix et les noisettes, nous sommes fières de nos coques. Nous ne nous laissons pas faire. Pour nous croquer, il faut un instrument spécial et cela retarde notre trépas.

Le coing, lui, reste muet dans son coin. Il écoute et hoche la tête avec compassion. C’est une bonne pâte…

2026.10.08. jeu.

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