Ce jour-là, le petit corps ratatiné qui me contenait fut expulsé d’un corps plus grand qui nous contenait.
Abrité dans un espace clos et douillet, je mène une vie tranquille.
Circuits liquides tuyautés : capter, livrer, récupérer, se débarrasser, capter, livrer, récupérer, se débarrasser... Je ne suis jamais seul. Des compagnons partagent un temps mon labeur puis disparaissent. D’autres les remplacent.
Moi, Gudule le Sanguin, imperturbable, infatigable, je suis toujours là. Parfois, pour me distraire de la monotonie circulaire de mes déplacements, je tends mon oreille de globule en direction de cet extérieur que je ne connais pas. Autrefois, j’ai entendu les mots enfance, croissance, adolescence, acné, majorité, adulte, autonomie, indépendance. Depuis un moment déjà, mon oreille toujours alerte attrape les mots vieillesse, grand âge, cataracte, incontinence, dépendance.
Moi, Gudule, je fête aujourd’hui mon centième anniversaire. Mon corps de lentille n’a rien perdu de sa souplesse, ma couleur rouge n’a rien perdu de son éclat. Allez savoir pourquoi...
2026.09.17. jeu.
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