Je
suis impertinente comme une horloge, c’est ce que les gens disent de moi ;
les gens sont méchants, quelle est l’impertinence à être une horloge. L’envie,
la jalousie, compter le temps est une science, je suis scientifique et eux pas,
peu savent comment fonctionne ma mécanique, tout au plus leur savoir se limite
à égrainer ses éléments roues, rouages, pignons, engrenages. C’est bien… peu.
Je
suis faite pour compter le temps qui tourne à mon cadran, fonction utile,
autant pour un œuf coque que pour l’organisation d’une journée bien occupée. Je
fais le tour de ma vitrine, mes aiguilles tricotent sans endroit sans envers,
elles ne s’emmaillent jamais, suivent le tic et le tac sans TOC, elles vont,
elles vont mais jamais à reculons. Rien d’extravagant dans le principe, en
revanche dans la manière, dans les coulisses, ça engraine, ça glisse de dent en
dent, la chose est complexe mais guère impertinente vue de l’intérieur du
manège. Et ne comptez pas sur moi pour dévoiler les mystères de ma
complication, clause de confidentialité oblige. Compliquée ? oui ;
secrète ? oui ; impertinente ? non, pas !
Impertinence… ?
Est-ce alors, peut-être, ma manie de m’agiter le marteau à chaque heure, comme
mes cousines de construction la plus simple, pour rappeler aux insouciants
qu’il est temps de faire, de ne pas faire, de partir, de se rendre, de rentrer,
de quitter, de dormir, de se réveiller, etc. Le maître horloger qui m’a
fabriquée me souhaitait plus prévenante, plus précise, alors en plus de lancer
alerte aux heures pleines, avec répépétition deux minutes à la suite, je me
tape la cloche aux deux quarts et à la demie. Bavarde, trop bavarde, je sais,
je l’entends souvent cette remarque et l’admets, je suis faite ainsi et ne peux
me soustraire à la discipline que ma mécanique impose. Il y a un moyen bien facile
pour ne plus m’entendre : ne plus me laisser la parole, me faire muette,
complétement évidemment, l’aphonie partielle est impossible sans chirurgie
mécanicienne. Pour cela, au lieu de me remonter les bretelles tous les quinze
minutes parce que je vocalise, il suffit de ne plus rembobiner le ressort qui
me donne voix à tous quarts d’heure. Complication. Vibrations. Affectation. Solution.
Simplification Action. Réaction. Discrétion.
Discrète !
ça je veux bien l’être, oubliez mon clairon, ma cloche, mon carillon, les
quarts d’heure en ding-ding-dong, mon timbre, mon marteau, mon ressort plat et
rond. De moi vous n’entendrez que sobres chuchotements, quelques
« klong » soupirés, pas de quoi réveiller matin. Et que jamais, plus
jamais, on ne dise de moi que je suis impertinente.
2026.02.12. jeu.
.
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire
vous vous nous nous