Mais ce soir, dans la noirceur du vent mouillé,
Les arbres tourbillonnent en gorgones échevelées.
Le mouvement de la porte du jardin
A déclenché l’envol d’un millier d’étourneaux bêqueteurs du pré rouillé.
Comme toi, ils rient de mes peurs et de ma pesanteur.
Mettre un vieil anorak et des bottes et faire avec le vent une équipe rigolarde.
Déranger les sauterelles, faire crailler la corneille.
Remplir le seau de poires et de pommes vermeilles.
Quand elles ont muri longtemps dans l’herbe
Elles sont habillées de petites limaces bavardes et bavantes
En trainées luisantes sur leurs rondeurs gourmandes.
Les tomates ont pris l’air du temps,
Elles n’en peuvent plus d’essayer de murir loin des tiédeurs méditerranéennes
Et les taches sombres et molles du mal d’automne souillent leur corail.
La terre orpheline accouchera sans toi des navets de Hollande.
Tu sais le mouvement laborieux du muscle et de l’outil,
Le pied pesant sur la planche, les légumes bien ordonnés,
Et l’arrosoir mainte fois rempli et déversé.
Je leur ai dit que tu étais parti.
Ce matin, le thym sombre, la menthe effrontée, les derniers haricots, me parlent de toi.
Sur cette vieille terre toute bête et essentielle, commune, que l’on voudrait humaine
Entre les poireaux pour la soupe et les salades romaines,
Tu marchas fils pour la première fois, il y a vingt ans et un peu
Et quand tu reviendras
Mettre dans la terre tiède, les caïeux.
Ce jour-là, il fera beau dans le jardin de mes passions.
2026.02.12. jeu.
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