Vous Dansiez ? par Jean-Marie


Le twist : vouloir se dévisser le buste, le désolidariser du bassin comme le couvercle d'un pot de confiture, mais on ne connait le bon sens de rotation, on essaie donc les deux, rien n'y fait, on se sert des jambes pour faire balancier en les jetant à droite, à gauche, devant, derrière, et tout ça le temps d'une chanson. Mais bizarrement le corps humain est bien conçu, il résiste à cette torture volontaire et personne ne réussit à se séparer en deux morceaux.

Des années plus tard, Mr Disco apparait, beaucoup plus cool, quoique des fois ! Mais on reste quand même dans la danse solitaire, sans contact charnel, beaucoup de lumières vives, un charme différent mais toujours un besoin de souplesse ; pour résumer, toutes les deux sont des sports agréables. 

2025.10.16 jeu.

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Vous Dansiez ? par Clarisse


Cours de zumba

La salle est pleine, la coach annonce le début du cours. Plus un bruit, les yeux et les oreilles sont en plein travail, sourires aux lèvres et pieds qui trépignent, l’heure est venue de se déhancher.

 

Cependant, au premier rang, je ne bouge pas. Aussi raide qu’un piquet et aussi souple qu’un roseau, on pourrait presque me confondre avec une statue. « Pourquoi je suis là ? » Cette seule phrase tourne en boucle dans mon pauvre petit esprit brouillé par la honte. La musique démarre, « Mince, j’ai rien écouté… Comme toujours. » Toute la salle se met à bouger mais mes yeux se posent sur la silhouette à mes côtés. Elle connaît les pas, elle vit la musique, elle a attendu ce cours toute la semaine. Malgré ses heures éprouvantes au travail elle déborde d’énergie. Ses pas suivent inconsciemment la musique latine qui sort des enceintes, haut coloré, cheveux attachés avec une simple pince, voilà plus de 20 ans que ma magnifique maman vient s’amuser tous les mardis soir. Et moi me diriez-vous ? C’est ma troisième année où je viens me ridiculiser devant tout le monde.

 

Elle est belle ma maman, elle danse comme une reine ma maman, elle déborde toujours autant d’énergie et malgré la honte, elle me fait sourire.

Les musiques s’enchaînent et je ne bouge pas de mon carré de 2 mètres par 2 mètres, mambo par-ci, levé de bras par-là et enfin la musique se coupe. Tous vont boire. Je lève les yeux vers l’horloge déjà 30 longues minutes que j’ai l’air de rien. Comme à mon habitude, j’attrape ma gourde et je m’éclipse discrètement vers le couloir. « Hé ! tu vas où là ?! »  Maman… « Aux toilettes. » je lui réponds rapidement. Un soupir s’échappe de ses lèvres « T’es chiante ! » Elle repart.


Désolée maman, mais depuis ces années tu sais très bien que j’évite au maximum les cours de zumba.

2025.10.16 jeu.

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Faire Danser Les Mots par Hug

 
Le tango me fait tanguer terrible,

Cette argentine garçonne m’a accordé

De poser mes griffes sur sa gorge.

Tendre la nuit, obscure la tendresse,

Tordre le temps de la transe,

Gestes gracieux de l’amour opposé

Tyrannie de l’orgueil.

La transe nébuleuse me faire m’allonger

Terrassés par une arthrose têtue

Mes orteils en gesticulent toujours ;

Et la garçonne argentine navigue nimbée d’or.

2025.10.16 jeu.

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Vous Dansiez ? par Hug

 
À cette époque-là j’avais la carrure d’une allumette en culottes courtes et sandales avec chaussettes.

 

Ma mère aimait écouter la radio et le pique-up, ses goûts avaient son âge, un peu éloignés des miens, mais j’aimais ma maman, nous avions en commun quelques interprètes – pas de ricanements dans l’assemblée, s’il vous plait – Joe Dassin, Georgette Plana, Bourvil, Luis Mariano et une pincée d’autres voix belles et fortes.


Ma mère aimait aussi danser à l’écoute des disques et des émissions radiophoniques les après-midis de ciel maussade, une façon de faire briller le soleil dans notre chez-nous. Pour elle, la danse suprême, la reine, l’impératrice était la valse viennoise, elle avait aussi un gourmand goût pour les chocolats viennois, les cafés viennois, toutes douceurs qu’elle savourait après les tours de piste, penchant qu’elle m’avait transmis. Maman aimait valser et le seul partenaire à disposition immédiate était moi. Ainsi les jours de pluie, de grand froid, à partir de quinze heures c’était bal au salon, les jours de beau ciel elle me laissait rejoindre la bande du quartier pour d’autres tours, plus malicieux, plus aventureux.

 

Nous passions une heure ou deux à tourner sur les inévitables musiques des Strauss, le Danube était bleu, l’empereur François-Joseph un peu gris poussière, les joues de ma mère rouges de tourner sans cesse et mes pieds douloureux de s’être trouvés trop souvent décalés des pas de mon infatigable danseuse. Lorsque la séance de danse en rond se terminait, ma mère m’embrassait joyeusement, j’avais fait ma bonne action et pouvait vivre libre le peu de temps libre qu’il me restait avant la soupe et le marchand de sable.

 

Jamais je n’ai avoué à mes copains mon calvaire autrichien, jardin secret ou honte inavouable ? Pas plus je n’ai développé le goût pour les danses de salon, de piste, de rue et pour les autres, toutes, pas d’accointance miraculeuse. Je suis une bûche chaussée de plomb incapable d’enchaîner deux pas sans en oublier un. La danse me fige, statue de sel je deviens. Je reste assis, c’est ainsi que je danse le mieux, oreilles grandes ouvertes, yeux mi-clos, mes pieds dans la posture possédés par l’esprit du rythme se libèrent, se déchaînent dans leurs chaussettes, les orteils gigottent, les talons frappent grosse caisse. Festival frénétique et ardent juste avec moi, pour moi.

 

Aujourd’hui, pourtant, refaire valses avec Maman… j’aimerai tellement. 

2025.10.16 jeu.

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La Nuit Était Sourde,... par Clarisse

 
Amour Parisien

La nuit était sourde, les rues menaient au café, le pavé renaissait dans les aubes de zinc.

- Attends-moi ! criais-je à mon amie, qui toute excitée par notre sortie en ville, avançait sans se retourner.

On en avait rêvé, Paris ville de l’amour, du renouveau, on en avait rêvé ensemble.

Elle portait sa robe rouge et ses talons claquaient les pavés, cheveux attachés et visage embellit par le fin maquillage qu’elle avait mis plus d’une heure à faire. A côté, je faisais tache : jean et t-shirt, cheveux en pagailles et mine boudeuse, à vrai dire je ne voulais pas être ici. Les sorties au bar ? Non merci.


Elle poussa la porte du bistrot, les regards se tournèrent automatiquement. Je me sentais oppressée, elle était ravissante, elle en avait rêvé.

On était déjà venues il y a quelques soir de cela, toujours de force, et depuis elle n’arrêtait pas de me parler de ce serveur blond aux tatouages qui racontaient un film. Je sentais déjà leur regard se mêler tandis que je prenais place près de la fenêtre, elle, éblouissante, souriait naïvement au jeune homme qui lui servait comme de par hasard sa boisson préférée. Moi, pathétique, fixant les voitures qui défilaient.

 

L’odeur du whisky me montait vite au nez et les cigarettes du couple derrière moi me faisaient de plus en plus regretter de ne pas avoir feinté une gastro. L’ennui commençait à me remplir, j’essayais de capter l’attention de mon amie, mais, son attention était dans les yeux bleus de son beau chevalier blond.

 

Je soupirai, me levant, tête baissée, trop peut-être, je ne l’avais pas vu.

- Désolé(e) ! Nos voix se mélangeant à l’ambiance générale.

Nos regards se croisèrent, ses yeux bleus me fixèrent, timide, pathétiquement mignon, il était grand, brun, lunettes de travers et rougeurs aux joues, probablement journaliste.

Un sourire prenait enfin place sur mon visage, Paris, la ville de l’amour et du renouveau, j’en avais rêvé.

2025.09.18 jeu.

« La nuit était sourde, les rues menaient au café, le pavé renaissait dans les aubes de zinc… »
[Phrase attrapée dans La Bonne Peinture, nouvelle contenue dans le recueil Le vin de Paris (page 243, Éditions Gallimard coll. folio.]
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La Nuit Était Sourde,... par Christine A.

La nuit était sourde, les rues menaient au café, le pavé renaissait dans les aubes de zinc.

Notre petite troupe estudiantine prolongea le ciné par le restau, puis le restau par le bowling, puis atterrit dans ce havre pour noctambules de quartier. On n'avait pas beaucoup vécu mais suffisamment pour savoir que tout ça devait se terminer par une soupe à l'oignon !

Moi je suivais le mouvement, ça ne me déplaisait pas. Une première nuit dehors, à écouter les autres, leurs questions métaphysiques et leurs plaisanteries. C'était nouveau, c'était joyeux, c'était de mon âge. Le temps n'existait plus, et comme c'était la fin des cours tout était permis. C'était en juin, les nuits étaient courtes, et quand on remit le nez dehors il commençait à faire jour, c'était demain !

2025.09.18 jeu.

« La nuit était sourde, les rues menaient au café, le pavé renaissait dans les aubes de zinc… »
[Phrase attrapée dans La Bonne Peinture, nouvelle contenue dans le recueil Le vin de Paris (page 243, Éditions Gallimard coll. folio.]
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