La fuite dans l'Univers, utopique suite du règne humain. Ce n'est pas que la vie ailleurs n'existe pas, ou soit impossible. Non ! C'est que nous sommes insignifiants dans cette immensité. On s'émerveille de bientôt aller sur Mars, mais à l'échelle cosmique, c'est aller nulle part tout de même. La vie est plus loin, si loin... loin... loin... Pour surmonter ces distances, on est une poignée de poètes des étoiles, les TVC (les Trous Verres Cosmologistes), à parfaire LA solution : l'introspacetion.
Entre nos oreilles, c'est un foisonnement d'infini animé. Là-dedans, ça défile plein pot les années-lumière. Imaginez des vitesses en année-lumière par seconde... Non, vous pouvez pas ! Ah ben, désolé, mais c'est d'un certain niveau... Pourtant faut ça minimum pour changer de galaxie, que ce soit pour vadrouiller dans le Groupe local incluant la Voie Lactée ou pour se tirer la bourre le long de la ligne KT, aux frontières de l'observable.
Selon les confins sillonnés, faut s'attendre à tout : explorations dystopiques, hostiles, chaotiques, poétiques, pittoresques ou improbables. Y'en a des quantités phénoménales de recoins à découvrir. À plus savoir où donner des mirettes et des esgourdes... À travers ce gigantisme sidéral, c'est quasi de la magie incessante, bien au-delà de l'imagination. On y croise du vide, du rayonnement, de la matière invisible ou pas, de la vie. Et tout ça te fait un de ces bordels aléatoire de hasards, influences et lois physiques.
Pour pas en rester comme deux ronds de flan et comme un jour ou l'autre, quelques humanoïdes ou autres, vont traverser ce continuum ou changer de dimension et nous rendre visite, j'ai aménagé un petit soucoupodrome au fond du jardin. Pratique, mais discret : le vaisseau de la Denrée pourrait s'y poser, mais alors un jour sans vent ni pet. Bon, personne n'est encore venu et je n'ai eu aucun message lors des veilles radios. Aucun des TVC non plus d'ailleurs. Malgré tout, j'ai toujours bien en vue, une quille allumeuse de Côtes du Jura et un Langres capiteux pour appâter le chaland. Peut-être que j'en fait baver à pleines bassines sur une autre planète, rivés à leur télescope, hypnotisés par la tentation, frustrés de ne pouvoir l'assouvir ? Réduit à l'impuissance, narines frémissantes et gosier aride ?
Par contre, à force d'introspaceter, nous commençons à démêler l'évolution cosmique, à comprendre l'origine lointaine et son expansion imperceptible, mais perpétuelle. D'abord sans nous, puis avec, pour continuer (quand cela mystère ?) sans nous. Cette théorie aussi difficilement acceptable que réfutable, suppose qu'en remontant le temps, avant-avant par avant-avant, on arrive à cette extrémité intemporelle, où le néant a transmuté en une particule infime, qui à son tour a libéré énergies, particules élémentaires, réactions, engendrant et multipliant de nouveaux phénomènes, jusqu'à des milliards de galaxies, leurs encore plus de milliards d'étoiles et sporadiquement dans ce fatras, la vie.
Au TVC, on sait son existence ailleurs et ce n'est pas du roman d'anticipation, ni de l'envolée de fin de repas arrosé. Par exemple, nous introspacetons avec les Grn'm : Géranium pour nous. C'est ce qu'on a trouvé de mieux avec ces consonnes. Ils parlent sans utiliser de voyelles... On comprend rien de rien. Parfois, ils mettent des voyelles, mais alors dans un désordre... On comprend rien de rien. Ils sont marrants d'apparence. Ils ont une tête comme une pipe. Le tuyau droit pour le nez, comme une trompe rigide. Sur le dessus de la pipe, ils ont trois tentacules rétractables avec une minuscule oreille à la base et un œil au bout, comme les escargots. Leur bouche est en haut, entre les tentacules. Ils sont asexués et doivent hiberner une cinquantaine de leurs jours. Après avoir pris du bide, signe d'une ultime hiberbation, tous les quinze à vingt ans de leur planète, ils se transforment en chrysalide et se régénèrent. Ils perdent ainsi toute leur identité et les connaissances acquises dans leur existence précédente. Parfois ils se dédoublent durant cette métamorphose et renaissent jumeaux.
Il y a aussi les Nombrœils. On ne connait pas leur nom véritable, mais comme ils n'ont qu'un seul œil à la place du nombril, ça été vite décidé. Ils sont sans tête, ni cou. A la place, entre deux évents pour la respiration et deux oreilles longues et pointues, qui pivotent à cent quatre-vingt degrés chacune, ils ont un troisième bras, pourvu d'une main dont on aurait supprimé l'auriculaire et le petit doigt. Autre particularité singulière, ils parlent, mangent, boivent et font ce qui est petite et grosse commissions, par le même orifice... Je vous fais pas le dessin de l'emplacement, mais rassurez-vous, il n'y a ni langue, ni dents. Il va sans dire : on comprend rien de rien. Ce sont des êtres hybrides un peu frustres, nés des cerveaux aliénés d'une espèce semblable à nous, imbibée de cupidité, vanité et hypocrisie. À un point tel, qu'elle a fini par s'auto-éliminer. Au préalable à force de greffes, manœuvres génétiques, clonages et facultés vitales activées dans la moelle épinière, les Nombrœils étaient apparus. Sans aucune marque de respect ou d'estime, ces derniers servaient d'esclaves. Aujourd'hui, ils se contentent de maîtriser leur clonage et s'assurer une descendance. Ils produisent et travaillent selon leurs besoins essentiels et pour le reste, prennent du bon temps et se marrent ensemble... Bon, le rire rectal reste particulier. Pour preuve qu'ils sont peinards, la première demande d'explication, qu'ils nous ont fait comprendre, c'est la pétanque. Après c'est monté en difficulté, ils ont voulu découvrir la belote.
Nous avons également abordé les Dzirs ailés et leur drôle de langage. C'est un mélange de vol de mouche énervée et de passage de train sur des aiguillages... On comprend rien de rien. Il y a aussi les Tartignoles. On les évite autant que possible, tant ils sont prétentieux, arrogants et faux. C'est les seuls à notre connaissance, hormis les humains, qui sont assez fourbes pour affirmer que préparer la guerre entretient la paix. Y'a pas besoin d'en comprendre plus. Mais que ce soit avec les uns ou les autres, tous ces contacts ne se font que par échanges sidéraux introspacetifs. Il est difficile de communiquer et nous travaillons à nous rencontrer physiquement. Notre trop forte ressemblance avec leurs anciens maîtres, fait que les Nombrœils rechignent à venir sur la Terre. D'autre part, tout le monde est d'accord pour ne pas s'enquiquiner avec les Tartignoles.
On a donc convenu d'un grand banquet d'études intergalactiques sur la Lune. Une poignée de TVC, les plus illuminés pour ne citer personne, milite pour qu'on s'y rende en deltaplane, en vol d'onde avec les vents solaires. Le problème n'est pas l'aller, ni alunir, il y a de la place. Mais décoller pour repartir, c'est autre chose... La vitesse de libération lunaire est tout de même à plus de deux kilomètres par seconde et avec ce qu'on va avoir avalé, c'est pas gagné de courir aussi vite. Du coup, je bricole et fignole mon idée : la mise au point d'un galet entraîneur à onde gravitationnelle. Reste juste un ajustage de courbure du galet et à améliorer le refroidissement du pneu. Il faut aussi doubler la capacité du réservoir de carburant. Et là, hop ! Avec le cosmo-solex... Ça va en décoiffer du satellite... Il va y avoir de l'enrhumé à l'agence spatiale, de l'alerte rouge dans les états-majors ! Pleine ampoule, ça va tracer ! Huit heures max et on ripaille au bord de la mer de la Tranquillité, à tester hardiment les spécialités venues d'ailleurs, à faire des mimes à la noix, à donner un cours de tire-bouchon. Là, j'ai hâte de voir comment les Nombrœils vont s'y prendre avec leur troisième bras. Et puis, avec le cosmo-solex, c'est souci zéro-tranquilo-relax pour rentrer. C'est tout droit et ça descend tout du long.
2025.12.18 jeu.
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