Dix ans de mariage, toujours pas d’oiseau piscivore. Nous avons entamé une procédure d’adoption et un beau jour de juillet :
« Votre demande d’agrément a été acceptée par l’agence Aminal Zarbi, nous avons la joie de vous informer qu’un poisson volant vous a été attribué et vous attend au refuge. Pour le transport nous fournissons le sachet plastique »
« Il faudra lui créer son espace eau et son espace air. Veillez à ce qu’il passe invariablement de l’un à l’autre. Vous ferez son éducation en séance courte de 5 à 15 minutes avec des ordres brefs : « Nagé ! » et « Volé ! ». Gardez toujours son bocal plein et une fenêtre ouverte. Avec un peu de patience et de cohérence au bout de 15 jours il devrait être autonome, obéissant et bien élevé.
« Là il est en phase eau » me dit l’employé du refuge en me tendant un pochon transparent dans lequel gargouille en voletant un poisson rouge cacochyme.
« Je lui ai donné une bonne dose de barbiturique, vous êtes tranquille le temps de rentrer chez vous, mais dès que vous verrez des bulles en surface vous le passez en phase air. Nous l’avons baptisé Pégase mais vous pouvez changer son patronyme nous ne sommes pas à cheval sur ces détails ».
Sur le trajet du retour je lève le cornet pour m’assurer de la vitalité de la poiscaille. Bigre le niveau d’eau a baissé, je sens l’humidité sous ma main, dare-dare je joue les Zatopek. J’ai tout juste le temps de remplir la baignoire et d’y jeter le fretin moribond, stupéfié de passer du pédiluve au bassin olympique. Au même moment de gros bouillon se forme en surface, j’enlève la bonde, rattrape in extrémis le carassin ailé avant qu’il n’aille se perdre dans les canalisations, il me glisse entre les doigts, fend l’air, passe par le velux ouvert et va se percher sur un fil électrique.
Je pose le bocal sur l’appui de fenêtre et le laisse voleter autour de la maison, explorer prudemment son nouveau territoire, gober quelques mouches et checker de l’aile avec les piafs. Au bout de 15 minutes, je l’appelle « Pégase, Nagé ! » il prend son envol, rabat ses petites ailes et pique en obus vers l’aquarium. Au même moment un balbuzard pêcheur, fond sur le malheureux, toutes serres dehors et en fait son « quatre heures ».
Moralité : « L’on est jamais bien quand on n’est pas à sa place, et, dès qu’on en sort, on ne sait plus comment y rentrer * ».
* Jean-Jacques Rousseau
2026.01.15. jeu.

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