Je m'empare de celle-ci et l'ouvre pour voir son contenu. J'en sors une lettre manuscrite, que je déplie et parcours non sans étonnement :
"Bonjour, je m'appelle Carpette Diem et je suis un requin-tapis et même requin-tapis barbu (Eucrossorhinus dasypogon), au cas où l'ichtyologie serait votre dada. Mon aquarium étant devenu vraiment trop petit, mon ex-propriétaire propose que votre jacuzzi ait enfin une utilité estimable en voulant bien m'y héberger. Ne craignez rien, je ne suis pas méchant, ni difficile. De plus, je n'aime pas nager et j'ai atteint ma taille adulte, donc vous ne risquez pas de devoir acheter l'appartement voisin à fin d'agrandissement du jacuzzi. Il faut juste changer mon eau toutes les semaines, en entretenant sa bonne salinité à environ trente-cinq g/L d'eau et sa température à plus ou moins vingt-cinq degrés. Pour le menu, je ne suis pas compliqué non plus : quelques bulots, coques et bigorneaux font l'affaire. Cependant pour les grandes occasions, si vous vous fendez d'un homard ou de quelques gambas, sachez que je ne les recracherai pas. Seule petite contrainte, il me faut cette nourriture vivante, pour que je fasse un peu d'exercice en la laissant venir se jeter dans ma gueule, tout en m'évitant de bouger inutilement. En gros je dors et je digère ; voyez comme je suis exemplaire et sociable. Pour que vous n'ayez trop de ressentiment à mon égard, songez que vous avez désormais un tapis anti-dérapant efficace, original et décoratif. Votre entourage ne manquera pas de le remarquer et devrait vous permettre de remonter dans son estime au-delà de ce que vous pouvez espérer avec votre collection d'opercules de pots de yaourts. De la sorte, nul doute que vous vous attacherez rapidement à moi et que je deviendrai la vedette de votre jacuzzi. Cependant, je vous engage à limiter la fréquentation, pour me laisser suffisamment de temps pour buller tranquille, ce qui est ma véritable nature. J'espère avoir été avantageusement présenté par mon ex-propriétaire, alors s'il vous plait, ne tarder pas trop à me restituer à mon milieu naturel, qu'est désormais votre jacuzzi. Je ne suis pas un champion d'apnée et votre paillasson m'irrite le ventre et après je digère mal. Merci d'avance."
Pétri de culpabilité, si je n'agissais pas, autant que de pitié, face à l'impuissance de l'aminale à se délivrer par lui-même, je m'empressai de saler le jacuzzi et d'y déposer Carpette Diem. Je ne sais si c'était pour m'en remercier, mais un long gargouillement de bulle s'échappa de sa bouche et je crus lire dans son regard un "enfin" de soulagement.
Et c'est ainsi, que depuis ce jour, mes séances de jacuzzi sont agrémentées de d'agréables suçotages de doigts de pied. En y réfléchissant, c'est la seule raison de son existence que m'inspire cet animal. Minus, qui ne peut le voir sans se mettre à grogner, ne doit en trouver aucune.
2026.01.15. jeu.

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